Formidable « Les Chiffres de la dette 2015 » du CADTM !

22 juin 2015 par Jean Gadrey


Une recension des Chiffres de la dette par Jean Gadrey.

Indispensable ! C’est bien plus qu’un recueil de données essentielles sur les dettes au Nord et au Sud et sur les effets et méfaits du « système dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque africaine de développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds européen de développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
 ». C’est une analyse ultra accessible bien que pointue, fondée sur les meilleures données, c’est un petit livre d’une centaine de pages que l’on peut soit télécharger gratuitement soit acheter pour 6 € (plus 3 € de port) pour le garder sous la main.

« Tant au Nord qu’au Sud de la planète, la dette constitue un mécanisme de transfert des richesses créées par les travailleurs-euses et les petit(e)s producteurs-trices en faveur des capitalistes. L’endettement est utilisé par les prêteurs comme un instrument de domination politique et économique » (Charte politique du CADTM international, Comité pour l’Annulation de la Dette du Tiers Monde)

Voici les principaux thèmes traités, suivis de quelques commentaires, tableaux et graphiques du dernier chapitre que j’ai « capturés », mais qui ne rendent pas compte de la richesse de l’ensemble et de l’exploit pédagogique réalisé par les auteurs.

SOMMAIRE

Introduction. Du Sud au Nord de la planète : brève histoire de la crise de la dette et des programmes d’ajustement

1. Les inégalités dans le monde (une remarquable analyse de l’évolution des inégalités, de la pauvreté, de la faim dans le monde, des facteurs explicatifs et des impacts sur l’envol des dettes)

2. Panorama global de la dette au Sud : distribution de la dette externe dans les PED

3. La dette au Sud

4. La Banque mondiale Banque mondiale
BM
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) a été créée en juillet 1944 à Bretton Woods (États-Unis), à l’initiative de 45 pays réunis pour la première Conférence monétaire et financière des Nations unies. En 2011, 187 pays en étaient membres.

Créée en 1944 à Bretton Woods dans le cadre du nouveau système monétaire international, la Banque possède un capital apporté par les pays membres et surtout emprunte sur les marchés internationaux de capitaux. La Banque finance des projets sectoriels, publics ou privés, à destination des pays du Tiers Monde et de l’ex-bloc soviétique. Elle se compose des cinq filiales suivantes :
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD, 189 membres en 2017) octroie des prêts concernant de grands secteurs d’activité (agriculture et énergie), essentiellement aux pays à revenus intermédiaires.
L’Association internationale pour le développement (AID, ou IDA selon son appellation anglophone, 164 membres en 2003) s’est spécialisée dans l’octroi à très long terme (35 à 40 ans, dont 10 de grâce) de prêts à taux d’intérêt nuls ou très faibles à destination des pays les moins avancés (PMA).
La Société financière internationale (SFI) est la filiale de la Banque qui a en charge le financement d’entreprises ou d’institutions privées du Tiers Monde.
Enfin, le Centre international de règlements des différends relatifs aux investissements (CIRDI) gère les conflits d’intérêts tandis que l’Agence multilatérale de garantie des investissements (AMGI) cherche à favoriser l’investissement dans les PED. Avec l’accroissement de l’endettement, la Banque mondiale a, en accord avec le FMI, développé ses interventions dans une perspective macro-économique. Ainsi la Banque impose-t-elle de plus en plus la mise en place de politiques d’ajustement destinées à équilibrer la balance des paiements des pays lourdement endettés. La Banque ne se prive pas de « conseiller » les pays soumis à la thérapeutique du FMI sur la meilleure façon de réduire les déficits budgétaires, de mobiliser l’épargne interne, d’inciter les investisseurs étrangers à s’installer sur place, de libéraliser les changes et les prix. Enfin, la Banque participe financièrement à ces programmes en accordant aux pays qui suivent cette politique, des prêts d’ajustement structurel depuis 1982.

TYPES DE PRÊTS ACCORDÉS PAR LA BM :

1) Les prêts-projets : prêts classiques pour des centrales thermiques, le secteur pétrolier, les industries forestières, les projets agricoles, barrages, routes, distribution et assainissement de l’eau, etc.
2) Les prêts d’ajustement sectoriel qui s’adressent à un secteur entier d’une économie nationale : énergie, agriculture, industrie, etc.
3) Les prêts à des institutions qui servent à orienter les politiques de certaines institutions vers le commerce extérieur et à ouvrir la voie aux transnationales. Ils financent aussi la privatisation des services publics.
4) Les prêts d’ajustement structurel, censés atténuer la crise de la dette, qui favorisent invariablement une politique néo-libérale.
5) Les prêts pour lutter contre la pauvreté.
Site :
et le FMI FMI
Fonds monétaire international
Le FMI a été créé en 1944 à Bretton Woods (avec la Banque mondiale, son institution jumelle). Son but était de stabiliser le système financier international en réglementant la circulation des capitaux.

À ce jour, 188 pays en sont membres (les mêmes qu’à la Banque mondiale).

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5. La dette au Nord

6. Panorama global de la dette au Nord et au Sud

Conclusion. L’impact du « système dette »

COURT EXTRAIT DU CHAPITRE 6

Entre 2007 et 2012, la dette publique des pays étudiés a augmenté de 67 %. Les principales augmentations ont eu lieu dans les pays dits développés. Comme nous l’avons vu, ces augmentations soudaines sont associées à la récession Récession Croissance négative de l’activité économique dans un pays ou une branche pendant au moins deux trimestres consécutifs. économique et aux coûts des sauvetages bancaires.

La dette publique dans les pays développés et les pays en développement, en 2007 et en 2012 (en milliards de dollars US). Les chiffres pour les États-Unis et le Japon se rapportent à la dette du gouvernement central et excluent la dette d’autres niveaux de l’administration, ainsi que celle de la sécurité sociale.

tableau61.jpg

Une simple comparaison entre les montants de la dette publique des pays développés et des pays en développement révèle que la dette des pays de ce second groupe est largement inférieure à celle des pays du premier groupe. Ceci montre que l’annulation de la dette des pays du tiers-monde est facilement réalisable sur le plan économique et financier. C’est une question politique, en tant que condition nécessaire (bien que non suffisante) pour garantir le respect des droits humains dans ces pays.

Contrairement à l’affirmation courante selon laquelle la dette publique serait à l’origine de la crise, du fait d’un excès supposé des dépenses publiques, l’augmentation la plus forte est bien celle de la dette privée. Ainsi, à titre d’exemple, entre les années 2000 à 2008, la dette privée totale (des sociétés non financières, des sociétés financières et des ménages) a augmenté de 175 à 235 % du PIB PIB
Produit intérieur brut
Le PIB traduit la richesse totale produite sur un territoire donné, estimée par la somme des valeurs ajoutées.
Le Produit intérieur brut est un agrégat économique qui mesure la production totale sur un territoire donné, estimée par la somme des valeurs ajoutées. Cette mesure est notoirement incomplète ; elle ne tient pas compte, par exemple, de toutes les activités qui ne font pas l’objet d’un échange marchand. On appelle croissance économique la variation du PIB d’une période à l’autre.
aux États-Unis et de 268 à 434 % du PIB au Royaume-Uni. Depuis la crise, la dette du secteur privé non financier s’est encore accrue : la Banque des règlements internationaux (BRI) a calculé qu’au niveau mondial, cette dette a augmenté d’environ 30 %. Selon la BRI, dans les pays « avancés », la dette privée du secteur non financier s’élevait en moyenne à 275 % du PIB, et à 175 % dans les pays dits « émergents ».

Le tableau ci-dessous montre quelques exemples de budgets selon différents postes au niveau mondial - dépenses effectives et manques à gagner -, alors que les besoins fondamentaux d’une partie de la population ne sont pas satisfaits. ON DEPENSE 159 FOIS PLUS, PAR EXEMPLE, POUR DIRE A LA POPULATION CE QU’ELLE DOIT ACHETER (DEPENSES DE PUBLICITE) QUE LA SOMME ALLOUEE AU PROGRAMME ALIMENTAIRE MONDIAL DES NATIONS UNIES POUR LUTTER CONTRE LA FAIM DANS LE MONDE.

Tableau 6.2
Quelques chiffres édifiants (en milliards de dollars US, 2010-2012). Cliquer sur l’image pour l’agrandir.