Fin du Doing Business de la Banque mondiale… jusqu’à quand ?

20 septembre par CADTM International


« World Bank Group President Jim Yong Kim meeting with Kristalina Georgieva, European Commission Vice-President for Budget and Human Resources » by World Bank Photo Collection is licensed with CC BY-NC-ND 2.0. To view a copy of this license, visit https://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/2.0/

Après une succession de scandales depuis sa création en 2002, la Banque mondiale a annoncé dans un communiqué ce jeudi 16 septembre 2021 mettre fin à la publication de son rapport Doing Business. Impliquant notamment Jim Yong Kim et Kristalina Georgieva, cette décision fait suite à la pression continue d’associations, organisations de la société civile, syndicats, universitaires. Le CADTM considère cette annonce comme une victoire tout en appelant à la vigilance face à ce qui ressemble fort à un discours de façade.

Tancée de toute part suite à sa gestion calamiteuse de la crise de la dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque Africaine de Développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds Européen de Développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
du tiers monde dans les années 1990, marquée par l’application systématique des Plans d’ajustement structurel Ajustement structurel Les Plans d’ajustement structurel ont été imposés par les IFI en contrepartie de l’octroi de nouveaux prêts ou de l’échelonnement d’anciens prêts, projets financés par la Banque mondiale, conditionnalités du FMI, etc.
Les Plans d’austérité, appliqués depuis aux pays endettés du Nord, sont des copiés/collés des Plans d’ajustement structurel subits par les pays du Sud depuis 30 ans.
, la Banque mondiale Banque mondiale
BM
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) a été créée en juillet 1944 à Bretton Woods (États-Unis), à l’initiative de 45 pays réunis pour la première Conférence monétaire et financière des Nations unies. En 2011, 187 pays en étaient membres.

Créée en 1944 à Bretton Woods dans le cadre du nouveau système monétaire international, la Banque possède un capital apporté par les pays membres et surtout emprunte sur les marchés internationaux de capitaux. La Banque finance des projets sectoriels, publics ou privés, à destination des pays du Tiers Monde et de l’ex-bloc soviétique. Elle se compose des cinq filiales suivantes :
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD, 189 membres en 2017) octroie des prêts concernant de grands secteurs d’activité (agriculture et énergie), essentiellement aux pays à revenus intermédiaires.
L’Association internationale pour le développement (AID, ou IDA selon son appellation anglophone, 164 membres en 2003) s’est spécialisée dans l’octroi à très long terme (35 à 40 ans, dont 10 de grâce) de prêts à taux d’intérêt nuls ou très faibles à destination des pays les moins avancés (PMA).
La Société financière internationale (SFI) est la filiale de la Banque qui a en charge le financement d’entreprises ou d’institutions privées du Tiers Monde.
Enfin, le Centre international de règlements des différends relatifs aux investissements (CIRDI) gère les conflits d’intérêts tandis que l’Agence multilatérale de garantie des investissements (AMGI) cherche à favoriser l’investissement dans les PED. Avec l’accroissement de l’endettement, la Banque mondiale a, en accord avec le FMI, développé ses interventions dans une perspective macro-économique. Ainsi la Banque impose-t-elle de plus en plus la mise en place de politiques d’ajustement destinées à équilibrer la balance des paiements des pays lourdement endettés. La Banque ne se prive pas de « conseiller » les pays soumis à la thérapeutique du FMI sur la meilleure façon de réduire les déficits budgétaires, de mobiliser l’épargne interne, d’inciter les investisseurs étrangers à s’installer sur place, de libéraliser les changes et les prix. Enfin, la Banque participe financièrement à ces programmes en accordant aux pays qui suivent cette politique, des prêts d’ajustement structurel depuis 1982.

TYPES DE PRÊTS ACCORDÉS PAR LA BM :

1) Les prêts-projets : prêts classiques pour des centrales thermiques, le secteur pétrolier, les industries forestières, les projets agricoles, barrages, routes, distribution et assainissement de l’eau, etc.
2) Les prêts d’ajustement sectoriel qui s’adressent à un secteur entier d’une économie nationale : énergie, agriculture, industrie, etc.
3) Les prêts à des institutions qui servent à orienter les politiques de certaines institutions vers le commerce extérieur et à ouvrir la voie aux transnationales. Ils financent aussi la privatisation des services publics.
4) Les prêts d’ajustement structurel, censés atténuer la crise de la dette, qui favorisent invariablement une politique néo-libérale.
5) Les prêts pour lutter contre la pauvreté.
Site :
a multiplié au début des années 2000 les pirouettes sémantiques pour tenter de redorer son blason. C’est dans ce contexte que la Banque mondiale annonçait en grande pompe en 2002 le lancement d’un nouvel outil dénommé Doing Business (« Faire des affaires »). Ayant vocation à déterminer le « climat des affaires » des pays membres de l’institution afin d’attirer les investisseurs privés, la Banque mondiale publiait chaque année un rapport comprenant un classement des meilleurs élèves selon une série d’indicateurs qui favorisent le grand capital et lui permettent de bénéficier des financements publics, des facilités fiscales, etc.

En l’espace de 20 ans, les critiques à l’égard de ce rapport se sont accumulées. Incitation à déconstruire les cadres réglementaires considérés comme contraignants, course à la moins-value fiscale et à l’évasion fiscale, promotion de l’agrobusiness et des accaparements de terre et des sous-sols, facilitation des licenciements et opposition à la protection sociale des travailleurs-euses, le Doing Business représentait à n’en pas douter ce qu’il se fait de mieux en matière de néolibéralisme.

En 2018, Paul Romer, alors économiste en chef à la Banque mondiale, reconnait que le rapport comporte un sérieux parti pris idéologique, influençant le classement final des pays. Ses déclarations font suite à la perte soudaine de 23 places du Chili alors sous la présidence de la « socialiste » Michelle Bachelet.

Après de nouvelles irrégularités dans le rapport de 2020 et sous la pression d’associations, organisations de la société civile, syndicats, universitaires combinée à celle de l’ONU et de l’OCDE OCDE
Organisation de coopération et de développement économiques
Créée en 1960 et basée au Château de la Muette à Paris, l’OCDE regroupe les quinze membres de l’Union européenne auxquels s’ajoutent la Suisse, la Norvège, l’Islande ; en Amérique du Nord, les États-Unis et le Canada ; en Asie-Pacifique, le Japon, l’Australie et la Nouvelle-Zélande. Entre 1994 et 1996, trois pays du Tiers-Monde ont fait leur entrée : la Turquie, candidate à entrer également dans l’Union européenne ; le Mexique qui forme l’ALENA avec ses deux voisins du Nord ; la Corée du Sud. Depuis 1995, se sont ajoutés trois pays de l’ex-bloc soviétique : la République tchèque, la Pologne et la Hongrie. En 2000, la République slovaque est devenue le trentième membre.

Liste des pays membres de l’OCDE par ordre alphabétique : Allemagne, Australie, Autriche, Belgique, Canada, Corée du Sud, Danemark, Espagne, États-Unis, Finlande, France, Grèce, Hongrie, Irlande, Islande, Italie, Japon, Luxembourg, Mexique, Norvège, Nouvelle-Zélande, Pays-Bas, Pologne, Portugal, République slovaque, République tchèque, Royaume-Uni, Suède, Suisse, Turquie.
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, la Banque mondiale avait finalement annoncé mettre fin temporairement à la publication du rapport annuel Doing Business tout en menant en parallèle un audit interne.

Parmi les premières conclusions de l’enquête, l’ex-président de la Banque mondiale Jim Yong Kim (2012-2019) et Kristalina Georgieva, ex-directrice exécutive de l’institution (2017-2019) et actuelle directrice générale du FMI FMI
Fonds monétaire international
Le FMI a été créé en 1944 à Bretton Woods (avec la Banque mondiale, son institution jumelle). Son but était de stabiliser le système financier international en réglementant la circulation des capitaux.

À ce jour, 188 pays en sont membres (les mêmes qu’à la Banque mondiale).

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, auraient tous deux contribué à manipuler des données du rapport en faveur de différents pays dont la Chine.

Après 20 ans de scandales, cette victoire est sans doute à saluer. Le combat à mener contre cette institution ô combien anti-démocratique n’en est pas pour autant terminé. Dans ce même communiqué, la Banque mondiale a indiqué rester « fermement engagée à promouvoir le rôle du secteur privé dans le développement » et travaille déjà « sur une nouvelle approche pour évaluer le climat des affaires et des investissements ». Avec la Société financière internationale (SFI), une de ses cinq filiales, la Banque mondiale dispose en effet de nombreux atouts pour continuer à répandre son idéologie néolibérale mortifère, le tout avec le concours du Fonds monétaire international (FMI).

Face à la hausse de l’endettement des pays du Sud, de la pauvreté et des inégalités, le CADTM reste fidèle à sa ligne politique et appelle au remplacement de la Banque mondiale et du FMI par des institutions démocratiques qui mettent la priorité sur la satisfaction des droits humains fondamentaux dans les domaines du financement du développement, du crédit et du commerce international.


CADTM International, le 20 septembre 2021

Contact média : remi [at] cadtm.org




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