2e jour du Séminaire du CADTM Afrique

Echos de l’Université populaire de Tunisie

12 juillet 2012 par CADTM International


En plein centre de Tunis, le long de l’avenue Bourguiba, l’Université populaire « Dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque Africaine de Développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds Européen de Développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
, processus constituant et souveraineté » a rassemblé une bonne centaine de personnes. Les multiples interventions et propositions des participant-e-s tunisien-ne-s, des militant-e-s de RAID, d’ACET (Auditons les créances Créances Créances : Somme d’argent qu’une personne (le créancier) a le droit d’exiger d’une autre personne (le débiteur). européennes envers la Tunisie) et du CADTM Afrique ont conféré dynamisme et richesses aux diverses réflexions partagées tout au long de cette journée.

Mohammed Balghouthi, l’un des fondateurs du Comité de réflexion sur l’économie tunisienne et du Front pour la défense des richesses minières et forestières, a dénoncé le véritable pillage des ressources minières et énergétiques tunisiennes (le plomb, l’uranium, le phosphate, etc.) orchestré par les entreprises étrangères. Les Codes miniers et des hydrocarbures devraient être audités afin de faire la lumière sur les principaux bénéficiaires de l’exploitation de ressources naturelles. Très rapidement, on se rendrait compte que l’exploitation des richesses naturelles en Tunisie ne sert que l’enrichissement des multinationales (essentiellement canadiennes et australiennes).

En RDC, pays où se trouve la plus grande forêt au monde et l’essentiel des minerais nécessaires à la haute technologie, la gestion prédatrice des ressources naturelles n’a participé qu’au gonflement de la dette. 35% de la dette congolaise est la résultante du barrage d’Inga dont la finalité n’est nullement l’alimentation en électricité des populations mais bien l’exploitation du minerai au Katanga. Les Codes miniers et forestiers en RDC ont été écrits sous la houlette de la Banque mondiale Banque mondiale
BM
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) a été créée en juillet 1944 à Bretton Woods (États-Unis), à l’initiative de 45 pays réunis pour la première Conférence monétaire et financière des Nations unies. En 2011, 187 pays en étaient membres.

Créée en 1944 à Bretton Woods dans le cadre du nouveau système monétaire international, la Banque possède un capital apporté par les pays membres et surtout emprunte sur les marchés internationaux de capitaux. La Banque finance des projets sectoriels, publics ou privés, à destination des pays du Tiers Monde et de l’ex-bloc soviétique. Elle se compose des cinq filiales suivantes :
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD, 189 membres en 2017) octroie des prêts concernant de grands secteurs d’activité (agriculture et énergie), essentiellement aux pays à revenus intermédiaires.
L’Association internationale pour le développement (AID, ou IDA selon son appellation anglophone, 164 membres en 2003) s’est spécialisée dans l’octroi à très long terme (35 à 40 ans, dont 10 de grâce) de prêts à taux d’intérêt nuls ou très faibles à destination des pays les moins avancés (PMA).
La Société financière internationale (SFI) est la filiale de la Banque qui a en charge le financement d’entreprises ou d’institutions privées du Tiers Monde.
Enfin, le Centre international de règlements des différends relatifs aux investissements (CIRDI) gère les conflits d’intérêts tandis que l’Agence multilatérale de garantie des investissements (AMGI) cherche à favoriser l’investissement dans les PED. Avec l’accroissement de l’endettement, la Banque mondiale a, en accord avec le FMI, développé ses interventions dans une perspective macro-économique. Ainsi la Banque impose-t-elle de plus en plus la mise en place de politiques d’ajustement destinées à équilibrer la balance des paiements des pays lourdement endettés. La Banque ne se prive pas de « conseiller » les pays soumis à la thérapeutique du FMI sur la meilleure façon de réduire les déficits budgétaires, de mobiliser l’épargne interne, d’inciter les investisseurs étrangers à s’installer sur place, de libéraliser les changes et les prix. Enfin, la Banque participe financièrement à ces programmes en accordant aux pays qui suivent cette politique, des prêts d’ajustement structurel depuis 1982.

TYPES DE PRÊTS ACCORDÉS PAR LA BM :

1) Les prêts-projets : prêts classiques pour des centrales thermiques, le secteur pétrolier, les industries forestières, les projets agricoles, barrages, routes, distribution et assainissement de l’eau, etc.
2) Les prêts d’ajustement sectoriel qui s’adressent à un secteur entier d’une économie nationale : énergie, agriculture, industrie, etc.
3) Les prêts à des institutions qui servent à orienter les politiques de certaines institutions vers le commerce extérieur et à ouvrir la voie aux transnationales. Ils financent aussi la privatisation des services publics.
4) Les prêts d’ajustement structurel, censés atténuer la crise de la dette, qui favorisent invariablement une politique néo-libérale.
5) Les prêts pour lutter contre la pauvreté.
Site :
uniquement pour satisfaire les appétits des investisseurs étrangers. Victor Nzuzi, porte-parole du NAD, préconise le développement du système éducatif au Congo afin que se renforcent connaissances et compétences qui permettront au pays de lui-même traiter ses ressources naturelles et d’en tirer profit pour son propre développement et sa population.

Les interventions lors des débats ont convergé vers une condamnation unanime de l’appropriation des ressources naturelles par les multinationales. Trop souvent dans le contexte actuel d’une recherche effrénée du profit privé, les ressources naturelles sont vectrices de guerres, de destructions environnementales, d’augmentation des violences à l’égard des femmes et de conflits sociaux. C’est pourquoi la réappropriation par le peuple de la gestion de ces ressources est indispensable pour les transformer en réelles sources de développement participant à la reconquête d’une grande partie de la souveraineté économique.

Fathi Chamkhi, porte parole de RAID, a souligné le rôle antinational, antidémocratique et antisocial de la dette. Elle n’a été que l’arme d’imposition de l’impérialisme. Rappelons que peu après son indépendance, la Tunisie a été contrainte de s’endetter auprès de la France pour racheter les meilleures terres accaparées par les colons français. Aujourd’hui encore le peuple tunisien rembourse ces prêts odieux. Loin de constituer un outil de financement du développement comme le prétendait la propagande de Ben Ali, la dette, multipliée par 6 sous la dictature, a notamment servi à réprimer le peuple tunisien. Constamment surveillée, cadenassée, opprimée, la population tunisienne sous le joug des Plans d’ajustement structurel Ajustement structurel Les Plans d’ajustement structurel ont été imposés par les IFI en contrepartie de l’octroi de nouveaux prêts ou de l’échelonnement d’anciens prêts, projets financés par la Banque mondiale, conditionnalités du FMI, etc.
Les Plans d’austérité, appliqués depuis aux pays endettés du Nord, sont des copiés/collés des Plans d’ajustement structurel subits par les pays du Sud depuis 30 ans.
(PAS) a dû supporter une politique fiscale des plus injustes détaxant les riches et les grosses entreprises. La fin des années 80 vit l’abandon total de toute aspiration souveraine en Tunisie. Le pays passa entièrement aux mains de la Banque mondial et du FMI FMI
Fonds monétaire international
Le FMI a été créé en 1944 à Bretton Woods (avec la Banque mondiale, son institution jumelle). Son but était de stabiliser le système financier international en réglementant la circulation des capitaux.

À ce jour, 188 pays en sont membres (les mêmes qu’à la Banque mondiale).

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Fathi Chamkhi clôture son intervention en affirmant avec force et détermination : « Les Tunisien-ne-s n’ont pas à payer pour les dettes du dictateur qui sont parfaitement odieuses et illégitimes. Alors que les IFI veulent détruire l’esprit de révolte, la reprise de confiance des peuples arabes en leurs propres capacités de changements, il faut absolument créer un rapport de force qui permette, par la constitution d’une coalition entre partis, syndicats, mouvement sociaux, de faire tomber ce « système dette », socialement mortifère ».

Les liens entre souveraineté monétaire et dette furent ensuite analysés par Nicolas Agbohou, économiste universitaire. Partant de l’exemple des trois banques centrales africaines dont les conseils d’administration sont constitués de nationaux et d’étrangers (français), il a montré à quel point la banque centrale Banque centrale La banque centrale d’un pays gère la politique monétaire et détient le monopole de l’émission de la monnaie nationale. C’est auprès d’elle que les banques commerciales sont contraintes de s’approvisionner en monnaie, selon un prix d’approvisionnement déterminé par les taux directeurs de la banque centrale. est importante pour la définition des grandes orientations et la prise des décisions politiques économiques et stratégiques. De ce fait, la reconnaissance de l’indépendance de la banque centrale tunisienne par la Constitution en cours de rédaction serait une énorme erreur plaçant le pays sous la dépendance des marchés financiers Marchés financiers
Marché financier
Marché des capitaux à long terme. Il comprend un marché primaire, celui des émissions et un marché secondaire, celui de la revente. À côté des marchés réglementés, on trouve les marchés de gré à gré qui ne sont pas tenus de satisfaire à des conditions minimales.
et empêchant toute politique monétaire susceptible de subvenir aux besoins du peuple.

Etienne Chouard, professeur d’économie et fondateur de l’Initiative Citoyenne pour une Constituante Tirée au sort, partagea avec les participants ses considérations sur les processus constituants. La Constitution ne devrait selon lui pas être écrite par des professionnels de la politique. C’est un non sens que de demander aux personnes qui occuperont le pouvoir d’en définir eux-mêmes les règles. Il appartient au peuple de ne pas se laisser réduire au rôle de simple électeur. Ils doivent participer activement à l’écriture des lois. Ces réflexions trouvèrent un écho tout particulier dans un pays où l’écriture d’une nouvelle constitution est un enjeu politique majeur et actuel.

La dernière journée du Séminaire du CADTM Afrique laissera la place à des ateliers sur les impacts de la dette sur les droits des femmes et les campagnes d’audit en Afrique. Il s’achèvera par un grand meeting public à la Bourse Bourse La Bourse est l’endroit où sont émises les obligations et les actions. Une obligation est un titre d’emprunt (l’émetteur la vend à l’acheteur qui doit la rembourser à un taux et une échéance déterminés) et une action est un titre de propriété d’une entreprise. Les actions et les obligations peuvent être revendues et rachetées à souhait sur le marché secondaire de la Bourse (le marché primaire est l’endroit où les nouveaux titres sont émis pour la première fois). du Travail sur le thème« Dette, processus constituant et souveraineté populaire ».




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