Dette, coronavirus et alternatives

AVP n° 78 - 2e trimestre 2020

7 septembre

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Une nouvelle étape de la crise économique et financière secoue la planète

Elle frappe de plein fouet les populations du monde entier et plus durement encore celles des pays appauvris par des dizaines d’années de dettes odieuses et de politiques néolibérales et néocoloniales. Selon toutes les prévisions disponibles depuis les années 2018-2019, le monde devait affronter une récession Récession Croissance négative de l’activité économique dans un pays ou une branche pendant au moins deux trimestres. et une violente crise financière au cours de la période 2020-2021. Le système global ne s’est en effet jamais rétabli de la crise des années 2007-2008 et tous les indicateurs permettaient déjà d’affirmer que les niveaux insoutenables d’endettement privé et public mèneraient à l’éclatement de bulles financières et provoqueraient un nouveau choc économique. Le discours des médias dominants tente de nous induire en erreur en expliquant l’effondrement actuel par la seule action Action
Actions
Valeur mobilière émise par une société par actions. Ce titre représente une fraction du capital social. Il donne au titulaire (l’actionnaire) le droit notamment de recevoir une part des bénéfices distribués (le dividende) et de participer aux assemblées générales.
</ du coronavirus. Cependant, il est évident que cette pandémie met à nu le caractère insoutenable du système capitaliste et révèle les ravages causés par l’application de l’idéologie néolibérale avec le profit pour seule boussole.

Cette pandémie met à nu le caractère insoutenable du système capitaliste et les ravages causés par l’idéologie néolibérale

Depuis la mi-mars 2020, les principales banques centrales de la planète interviennent massivement pour tenter de limiter l’extension de l’incendie financier en cours et empêcher de nouvelles déflagrations. Elles tentent également de relancer la consommation des ménages et la production de marchandises et de services en arrosant les banques privées de monnaie fraîchement créée. Leur action se combine à celles des gouvernements qui empruntent à tour de bras pour fournir des revenus de remplacement ou de complément aux travailleur.euse.s, ce qui à court terme soulage leur détresse mais allège aussi le coût de la crise pour les plus gros détenteurs de capitaux. Si ces gouvernements promettent de venir en aide aux microentreprises, aux travailleurs indépendants et aux PME, c’est pour s’assurer que les flux financiers continuent d’alimenter les propriétaires immobiliers, les grandes entreprises et les banques : tout est fait pour que les loyers continuent d’être payés, que les factures continuent d’être honorées, que les emprunts continuent d’être remboursés. Ce sont in fine les grandes entreprises privées et leurs gros actionnaires qui sont soutenues avec de l’argent public.

Après l’éclatement de la bulle boursière en février-mars 2020, c’est la bulle du marché de la dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque Africaine de Développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds Européen de Développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
qui menace d’éclater elle aussi, même si l’injection massive de liquidités Liquidité
Liquidités
Capitaux dont une économie ou une entreprise peut disposer à un instant T. Un manque de liquidités peut conduire une entreprise à la liquidation et une économie à la récession.
par les banques centrales a pour effet d’éviter que les cours ne s’effondrent. En comparaison aux mesures prises suite à la crise financière de 2008, l’intervention des banques centrales de ce printemps 2020 est colossale. Si cela peut avoir pour effet de limiter (ou plutôt retarder, voire déplacer !) les dégâts, les problèmes de fond ne seront pas réglés pour autant. Cela va conduire à une augmentation gigantesque des dettes publiques tant en valeur absolue qu’en proportion du PIB PIB
Produit intérieur brut
Le PIB traduit la richesse totale produite sur un territoire donné, estimée par la somme des valeurs ajoutées.
Le Produit intérieur brut est un agrégat économique qui mesure la production totale sur un territoire donné, estimée par la somme des valeurs ajoutées. Cette mesure est notoirement incomplète ; elle ne tient pas compte, par exemple, de toutes les activités qui ne font pas l’objet d’un échange marchand. On appelle croissance économique la variation du PIB d’une période à l’autre.
. L’économie mesurée par le PIB connaîtra une forte récession en 2020, ce qui renforcera encore l’augmentation du ratio dette / PIB.
Au-delà des analyses sur les responsabilités, les causes et les conséquences du mécanisme de la dette et des politiques d’austérité, ce dossier met également en avant un certain nombre de revendications portées par des mouvements sociaux. En faisant des propositions programmatiques qui partent d’un cadre de pensée consensuel et défini par les acteurs dominants (étatiques, politiques, économiques), les organisations politiques et institutionnelles réduisent leur champ d’action. C’est pourquoi le CADTM a choisi de manifester son soutien aux pistes de réflexion portées par les mouvements sociaux et les populations du Nord comme du Sud.

Les mouvements populaires et leurs prises de position forment le terreau d’un monde alternatif

Plusieurs appels à l’annulation des dettes illégitimes ont émergé ces dernières semaines d’Amérique latine, d’Afrique et d’Asie du Sud. Les mouvements populaires et leurs prises de position forment le terreau d’un monde alternatif basé sur les droits humains fondamentaux. Il en va du CADTM d’y participer pleinement.

De manière générale, la crise actuelle, dont le détonateur aura été la pandémie de covid-19 est une crise globale dont l’origine se trouve dans le système capitaliste et ses nombreux vices et failles. Les précédents dossiers des Autres Voix de la Planète se sont penchés sur une diversité de problématiques dont la majorité se retrouve aujourd’hui au centre de l’actualité. Notons par exemple que :


Sommaire

Coronavirus, crise économique et crise globale
p. 6 La pandémie du capitalisme, le coronavirus et la crise économique
p. 9 Entretien de Vandana Shiva : « Avec le coronavirus, Bill Gates met en place son agenda sur la santé »
p. 13 La gestion calamiteuse du coronavirus par la Banque mondiale Banque mondiale
BM
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) a été créée en juillet 1944 à Bretton Woods (États-Unis), à l’initiative de 45 pays réunis pour la première Conférence monétaire et financière des Nations unies. En 2011, 187 pays en étaient membres.

Créée en 1944 à Bretton Woods dans le cadre du nouveau système monétaire international, la Banque possède un capital apporté par les pays membres et surtout emprunte sur les marchés internationaux de capitaux. La Banque finance des projets sectoriels, publics ou privés, à destination des pays du Tiers Monde et de l’ex-bloc soviétique. Elle se compose des cinq filiales suivantes :
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD, 189 membres en 2017) octroie des prêts concernant de grands secteurs d’activité (agriculture et énergie), essentiellement aux pays à revenus intermédiaires.
L’Association internationale pour le développement (AID, ou IDA selon son appellation anglophone, 164 membres en 2003) s’est spécialisée dans l’octroi à très long terme (35 à 40 ans, dont 10 de grâce) de prêts à taux d’intérêt nuls ou très faibles à destination des pays les moins avancés (PMA).
La Société financière internationale (SFI) est la filiale de la Banque qui a en charge le financement d’entreprises ou d’institutions privées du Tiers Monde.
Enfin, le Centre international de règlements des différends relatifs aux investissements (CIRDI) gère les conflits d’intérêts tandis que l’Agence multilatérale de garantie des investissements (AMGI) cherche à favoriser l’investissement dans les PED. Avec l’accroissement de l’endettement, la Banque mondiale a, en accord avec le FMI, développé ses interventions dans une perspective macro-économique. Ainsi la Banque impose-t-elle de plus en plus la mise en place de politiques d’ajustement destinées à équilibrer la balance des paiements des pays lourdement endettés. La Banque ne se prive pas de « conseiller » les pays soumis à la thérapeutique du FMI sur la meilleure façon de réduire les déficits budgétaires, de mobiliser l’épargne interne, d’inciter les investisseurs étrangers à s’installer sur place, de libéraliser les changes et les prix. Enfin, la Banque participe financièrement à ces programmes en accordant aux pays qui suivent cette politique, des prêts d’ajustement structurel depuis 1982.

TYPES DE PRÊTS ACCORDÉS PAR LA BM :

1) Les prêts-projets : prêts classiques pour des centrales thermiques, le secteur pétrolier, les industries forestières, les projets agricoles, barrages, routes, distribution et assainissement de l’eau, etc.
2) Les prêts d’ajustement sectoriel qui s’adressent à un secteur entier d’une économie nationale : énergie, agriculture, industrie, etc.
3) Les prêts à des institutions qui servent à orienter les politiques de certaines institutions vers le commerce extérieur et à ouvrir la voie aux transnationales. Ils financent aussi la privatisation des services publics.
4) Les prêts d’ajustement structurel, censés atténuer la crise de la dette, qui favorisent invariablement une politique néo-libérale.
5) Les prêts pour lutter contre la pauvreté.
Site :
et le FMI
p. 16 Quand le FMI profite de la covid-19 pour augmenter son emprise sur les pays du Sud
p. 20 Le plan de sauvetage bancaire massif qui se cache derrière les mesures contre le coronavirus
p. 23 On ne peut lutter contre la « covid-19 » en ignorant un pan de la population !
p. 24 Crack Up ! Féminisme, pandémie et après
p. 30 Colonialisme numérique et dette écologique
Un système dette amplifié par la pandémie
p. 36 Et maintenant on culpabilise les citoyen.ne.s
p. 38 Les soins de santé en Belgique : de la privatisation à la socialisation ?
p. 43 Covid-19 et dette publique en Belgique
p. 46 L’évasion fiscale tue
p. 49 BlackRock, le vautour qui se frotte les griffes face aux mesures de l’UE contre le coronavirus
p. 50 La privatisation du système de santé en Espagne
p. 53 Portugal : journal de bord de confinement
p. 57 Argentine. La politique au temps de la pandémie
p. 60 La gestion de la crise du coronavirus en Guadeloupe : désastre à la fois humain, social et économique
p. 62 Haïti. Un gouvernement illégitime face à la crise sanitaire
p. 64 Non, Macron n’a jamais eu l’intention d’annuler la dette africaine
p. 68 Sénégal : crise post-covid-19 la et la réponse des femmes
Les peuples se lèvent face à la crise sanitaire, les dettes illégitimes et la crise globale
p. 74 Annulation de la dette-tsunami, changement de civilisation obligatoire
p. 77 Maroc : pour la suspension du paiement des microcrédits
p. 78 Covid-19, l’occasion de tout redessiner
p. 80 Pour l’annulation de la dette et l’abandon des accords de « libre-échange »
p. 84 Annulation de la dette publique des pays africains pour leur permettre de faire face à la pandémie de covid-19
p. 86 L’Équateur va-t-il une nouvelle fois montrer un exemple de courage face aux créanciers ?
p. 87 Non aux prêts du FMI ! Annulez la dette du Kenya !
p. 91 Pour une annulation immédiate de la dette des pays d’Asie du Sud
p. 94 Tunisie : chasser la dictature ne suffit pas
p. 97 Italie. Administrations locales et collectivités territoriales : reprenons la caisse !

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