Contre révolution en Tunisie : la Stratégie du Choc et la Banque mondiale. »

17 décembre 2012 par Chafik Ben Rouine


Suite à la révolution du 14 Janvier 2011 en Tunisie, l’espoir d’abattre le régime de Ben Ali s’est transformé en crainte, légitime, de voir apparaître une contre-révolution, c’est-à-dire une réaction du Système qui a engendré et soutenu ce régime. Nous affirmons que cette contre-révolution a bien lieu, qu’elle a débuté officiellement le 26 Mai 2011, lors du G8 G8 Ce groupe correspond au G7 plus la Fédération de Russie qui, présente officieusement depuis 1995, y siège à part entière depuis juin 2002. de Deauville, et qu’elle est toujours en cours, malgré les élections du 23 Octobre 2011. Elle repose principalement sur une stratégie éprouvée dans d’autres pays et qui a été dénoncée par Naomi Klein dans son livre qui en porte le nom : « La Stratégie du Choc ». Celle-ci consiste à profiter du trouble psychologique suite à un choc (catastrophe naturelle, changement de régime, etc.) pour imposer des mesures ultra-libérales qui n’auraient pu être imposées sans ce choc. Elle repose donc sur une perte de souveraineté temporaire du pays, mis sous tutelle d’entités extérieures qui appliquent, durant cette période, cette thérapie du choc avant que le peuple ne se ressaisisse pour recouvrer sa souveraineté.

Dans ce cadre, nous avons enquêté sur le plus gros prêt octroyé à la Tunisie par les IFI (Institutions Financières Internationales), d’un montant de 2 Milliards de dinars, signé le 26 Mai 2011 au G8 de Deauville. L’objectif de ce prêt est double : à court terme, l’objectif est de démanteler tout ce qui entrave l’ultra-libéralisme ; à long terme, l’objectif est d’endetter la Tunisie en lui octroyant des prêts qui ne génèrent pas les ressources suffisantes pour les rembourser, affectant ainsi la souveraineté du pays. Nous synthétisons ici le fruit de cette enquête, et nous publierons au fur et à mesure l’analyse de chacune des mesures inclues dans ce prêt. La Banque mondiale Banque mondiale
BM
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) a été créée en juillet 1944 à Bretton Woods (États-Unis), à l’initiative de 45 pays réunis pour la première Conférence monétaire et financière des Nations unies. En 2011, 187 pays en étaient membres.

Créée en 1944 à Bretton Woods dans le cadre du nouveau système monétaire international, la Banque possède un capital apporté par les pays membres et surtout emprunte sur les marchés internationaux de capitaux. La Banque finance des projets sectoriels, publics ou privés, à destination des pays du Tiers Monde et de l’ex-bloc soviétique. Elle se compose des cinq filiales suivantes :
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD, 189 membres en 2017) octroie des prêts concernant de grands secteurs d’activité (agriculture et énergie), essentiellement aux pays à revenus intermédiaires.
L’Association internationale pour le développement (AID, ou IDA selon son appellation anglophone, 164 membres en 2003) s’est spécialisée dans l’octroi à très long terme (35 à 40 ans, dont 10 de grâce) de prêts à taux d’intérêt nuls ou très faibles à destination des pays les moins avancés (PMA).
La Société financière internationale (SFI) est la filiale de la Banque qui a en charge le financement d’entreprises ou d’institutions privées du Tiers Monde.
Enfin, le Centre international de règlements des différends relatifs aux investissements (CIRDI) gère les conflits d’intérêts tandis que l’Agence multilatérale de garantie des investissements (AMGI) cherche à favoriser l’investissement dans les PED. Avec l’accroissement de l’endettement, la Banque mondiale a, en accord avec le FMI, développé ses interventions dans une perspective macro-économique. Ainsi la Banque impose-t-elle de plus en plus la mise en place de politiques d’ajustement destinées à équilibrer la balance des paiements des pays lourdement endettés. La Banque ne se prive pas de « conseiller » les pays soumis à la thérapeutique du FMI sur la meilleure façon de réduire les déficits budgétaires, de mobiliser l’épargne interne, d’inciter les investisseurs étrangers à s’installer sur place, de libéraliser les changes et les prix. Enfin, la Banque participe financièrement à ces programmes en accordant aux pays qui suivent cette politique, des prêts d’ajustement structurel depuis 1982.

TYPES DE PRÊTS ACCORDÉS PAR LA BM :

1) Les prêts-projets : prêts classiques pour des centrales thermiques, le secteur pétrolier, les industries forestières, les projets agricoles, barrages, routes, distribution et assainissement de l’eau, etc.
2) Les prêts d’ajustement sectoriel qui s’adressent à un secteur entier d’une économie nationale : énergie, agriculture, industrie, etc.
3) Les prêts à des institutions qui servent à orienter les politiques de certaines institutions vers le commerce extérieur et à ouvrir la voie aux transnationales. Ils financent aussi la privatisation des services publics.
4) Les prêts d’ajustement structurel, censés atténuer la crise de la dette, qui favorisent invariablement une politique néo-libérale.
5) Les prêts pour lutter contre la pauvreté.
Site :
(BM) jouant un rôle essentiel dans la contre-révolution, nous nous baserons sur ses documents et son idéologie pour l’analyse du prêt en question.

La supercherie de la libéralisation des noms de domaine sur Internet. La Banque mondiale a misé sur le fait que la libéralisation des contraintes sur les noms de domaines sur Internet contenues dans la Charte de Nommage allait faire exploser le nombre de créations de sites Internet et donc de création d’emplois liées au domaine des TIC. Or, le résultat de cette mesure s’est résumé à inverser les mêmes noms de domaine interdits, rien n’a été modifié en terme de contenu. Cette libéralisation est donc, proprement, une supercherie.

La pseudo-lutte contre la corruption. La Banque mondiale critiquant, à juste titre, la corruption qui sévissait dans le secteur des marchés publics, un des secteurs les plus propices à la corruption, a voulu réformer le code des marchés publics selon deux principes : efficacité et transparence. Or, au regard des modifications faites sur ce dit code, nous découvrons que tout le contraire s’est produit : ces modifications engendrent une incitation à la corruption, une certaine opacité et une inefficacité dans un des outils les plus stratégiques d’un pays souverain.

Des réformes redondantes. La Banque mondiale prône également l’e-government en Tunisie comme solution, alors même qu’en 2010, l’ONU avait classé la Tunisie au premier rang des pays africains sur cette question. Celle-ci consiste en une réforme dans des secteurs tels que la douane ou les impôts touchant ainsi à des secteurs clé du pays, ce qui nous permettra de revenir sur le rôle controversé de l’ancien ministre des finances de l’époque, Jalloul Ayed.

Une réforme indigne sur l’emploi. Concernant les mesures sociales sur l’emploi, un décret a été signé pour le financement du programme AMAL. Ce décret a, au passage, modifié certains articles qui ont clairement diminué le salaire des stagiaires dans le cadre de l’ANETI en supprimant notamment la prime complémentaire. Il est permis de douter quant à l’efficacité et la pérennité de ce programme d’urgence pour l’emploi.

Une bonne gouvernance à deux vitesses. Concernant le secteur financier, une circulaire sur la bonne gouvernance institutionnelle dans le secteur a été mise en place. En prenant l’exemple significatif de la Banque Centrale Banque centrale La banque centrale d’un pays gère la politique monétaire et détient le monopole de l’émission de la monnaie nationale. C’est auprès d’elle que les banques commerciales sont contraintes de s’approvisionner en monnaie, selon un prix d’approvisionnement déterminé par les taux directeurs de la banque centrale. Tunisienne, nous constatons que sous la Gouvernance de Mustapha Kamel Nabli, nombre de membres du Conseil d’Administration ne respectaient pas les principes les plus élémentaires de bonne gouvernance.

Des réformes superficielles. Le prêt a conduit à adopter une mesure sur les services publics et les régions mal desservies qui reste à la surface des problèmes, sans jamais questionner les causes des inégalités régionales. Le vague et parfois même le manque de sérieux de ces mesures sont mis en exergue.

La Banque mondiale et la Tunisie. Enfin, nous terminerons l’enquête par un article qui synthétise la vision idéologique de la Banque mondiale en Tunisie et fait ressortir le rôle très important qu’a joué Mustapha Kamel Nabli dans l’établissement de cette idéologie.

Ainsi, toutes ces mesures ne se résument qu’à un aspect purement législatif, et ne concernent en aucun cas un quelconque projet générant des ressources. C’est donc un endettement en perte sèche.

Pour chaque synthèse, une analyse approfondie de chacune des mesures mentionnée ci-dessus sera mise à disposition du public, afin d’en mesurer l’ampleur, voire le vide parfois. Cela permettra de mettre en lumière la mise sous tutelle progressive de la Tunisie par des entités extérieures durant la période de transition.

Voir : Le document de prêt officiel de la Banque mondiale.




Chafik Ben Rouine

Chafik Ben Rouine, Auditons les Créances envers la Tunisie (Campaign to Audit Tunisia’s debt)