Confinement et austérité : les femmes en paient le prix... et règlent leurs comptes !

Compte rendu de l’atelier des Rencontres d’automne 2020 du 17 octobre

22 octobre par Beatriz Ortiz Martínez


(Crédits photo : Line)

Pourquoi et comment les fxmmes ont elles été spécifiquement impactées par le confinement et par la nouvelle couche d’austérité offerte comme seule réponse politique ? Cet atelier proposeune lecture féministe des crises en cours afin de mieux comprendre les dynamiques et rapports sociaux inégalitaires qui affectent une grande partie de l’humanité, mais aussi un moment de rencontre avec des militant.e.s de plusieurs luttes et collectifs indispensables et incontournables... en route pour la grève 2021 !

Avec Camille Bruneau (CADTM Belgique), Zoé Maus (CIEP), Soizic Dubot (Vie féminine) , Moïra Odaert (et d’autres de Santé en Lutte), le Collecti.e.f 8 maars - Modération Christine Vanden Daelen (CADTM Belgique)

Soizic Dubot (Vie féminine)

  • Quels sont pour nous les métiers essentiels. Pour faire face à la crise, mais aussi pour faire société ensemble ? Ce sont les soins aux autres, pas seulement soigner et faire attention entre nous, mais aussi à notre cadre de vie commun. Les soins ne sont pas évidemment liés à la biologie. Par contre, ce sont des femmes qui savaient coudre et qui ont fait des masques par exemple.
  • La crise a mis en avant un secteur fortement féminisé, en première ligne travailleurs/travailleuse des secteurs sanitaire, de l’éducation, des soins, etc., le secteur social (sous financé, affecté par les politiques d’austérité), le commerce alimentaire (vendeurs/vendeuses, casiers/caissières, etc.) et aussi les livreurs/livreuses, balayeurs/balayeuses. Des secteurs très racialisées et féminisées. Dans ces métiers, les conditions de travail étaient déjà déplorables et sont devenues encore plus dures à cause de la pandémie, même si leur travail est indispensable.
  • C’est aussi le résultat d’une longue histoire de sous-estimation du travail des femmes. Quelques exemples actuels :
  • l’horeca, une secteur très féminisé ;
  • les travailleuses domestiques (titre service, femmes de ménage particulière) qui ont été gravement touchées par les conséquences de la pandémie (conditions de travail injustes mises en place pour ces femmes, temps de déplacement pas compris dans les horaires, contrat minimum avec la possibilité d’heures supplémentaires) ;
  • Les accueillant.e.s d’enfants qui luttent pour avoir une statuts que leur donne de la protection sociale.
  • Celles qui ont été gravement touchées par la pandémie sont aussi des femmes seules/isolées (les personnes âgées en général), les femmes qui subissent les violences machistes à la maison.

Malika (Santé en lutte)

  • Cette situation de crise n’est pas nouvelle pour les hôpitaux. Il y a une grande différence entre les centres qui gèrent la covid et ceux qui ne le font pas. En tant que citoyen.ne, il était très difficile d’obtenir le test Covid. De nombreuses personnes ont dû prendre des vacances ou des congés. Il n’y a pas eu de gestion centrale de la covid. La santé est un secteur très flexible et très polyvalent.
  • De plus, il y a eu une grande responsabilisation et culpabilisation du personnel des soins de santé. L’insécurité et le harcèlement ont augmenté dans les centres de santé. Il y a eu beaucoup de harcèlement au moment de quitter le travail.
  • Cela a également été aggravé par le fait que l’assistance sociale a été négligée et, par conséquent, il y a eu beaucoup de personnes perturbées et négligées, notamment les sans abris.
  • Les femmes sont majoritaires dan le secteur de la santé, super-féminisé, historiquement considéré comme « féminin » parce qu’il fournit des soins.

Moïra (Santé en lutte)

  • Les métiers les moins bien payés de l’hôpital sont ceux où l’on trouve le plus de femmes.
  • Les femmes acceptent des conditions de travail pires que leur homologue masculin ; il n’y a pas beaucoup de mobilisation autour de cela. Ce qui est positif dans cette crise, c’est de mettre l’accent (ou de la lumière) sur le fait que les travailleuses/travailleurs de la santé sont en majorité des femmes, qui sont chargées des soins. En 2019, il y a eu une grève des infirmières, la première depuis 1985. C’est un secteur qui ne mobilise pas beaucoup.

Zoé (CIEP)

  • Les femmes féministes se sont appropriées la grève pour remettre en cause leur situation syndicale et professionnelle, mais aussi pour remettre en cause le système économique. C’est pourquoi il existe quatre types de grèves : Travail ; Soins ; Consommation ; Étudiante/éducation.
  • Cette réappropriation de l’outil de la grève, de manière spontanée et non hiérarchique, a été mal accueillie dans le monde syndical. D’abord, on ne parle que de la grève dans le travail salarié et le travail reproductif. Mais aussi parce que les revendications des féministes ont été beaucoup plus radicales, ce qui a contribué à ce malaise dans le secteur syndical.
  • Il est important de souligner que les revendications apportées par le mouvement féministe tel que le droit à l’avortement ou contre le harcèlement n’étaient généralement pas inclus dans les revendications de grève. Les femmes ont contribué à les inclure non seulement dans le cadre de la grève mais également dans le monde syndical. Cela signifie que certains progrès ont été réalisés. Cela a conduit à la création de comités et de groupes de femmes au sein des syndicats pour lutter pour ces questions.
  • Cette situation a également montré les limites du système capitaliste : Le capitalisme ne vit pas seulement dans les entreprises mais aussi dans tout ce qui se passe dans la sphère privée, qui est imprégnée d’idées capitalistes. Visibiliser la précarité que les femmes connaissent dans leur vie privée a permis de collectiviser des situations qui sont vécues individuellement. En sautant dans la sphère publique, les femmes ont montré clairement, en particulier dans les mobilisations qui ont eu lieu pour dénoncer leur endettement (Argentine), que le système capitaliste n’est pas un problème individuel mais collectif.

Le Fait de faire la grève dans les quatre secteurs déjà mentionnés est conforme à tout cela :

  • Reproduction sociale, le système ne peut fonctionner que parce qu’il y a des femmes qui créent et élèvent la main-d’œuvre. Même si nous élevons nos enfants par amour, nous créons aussi la main-d’œuvre qui permet au système capitaliste de fonctionner.
  • L’exploitation de la nature, des ressources naturelles, de la nourriture, etc., il est important d’aller jusqu’au bout de la réflexion et de voir sur quoi repose ce système capitaliste. Montrer le lien entre la domination patriarcale et la domination de la nature et des êtres humains. De nombreuses femmes se sont unies autour de la grève des femmes à travers la lutte écologique : l’écoféminisme.
  • Quant à la grève de la consommation, c’est un outil utilisé depuis longtemps par les femmes ; elle leur a même permis, au début du XXe siècle, d’accéder au droit de vote. Le fait que les femmes soient les principales responsables de la maison et de l’alimentation rend également les femmes plus impliquées dans l’origine des produits, dans la façon dont ils sont produits, etc.
  • Les espaces éducatifs sont des espaces qui reproduisent des relations de domination, c’est pourquoi il est important d’agir également sur cette institution. Parce que c’est un espace qui perpétue le système et la violence systémique contre les femmes.

Pistes d'action




Beatriz Ortiz Martínez

Permanente au CADTM Belgique