Communiqué des mouvements sociaux haïtiens à l’occasion du tragique assassinat politique de Berta Caceres tuée le 3 mars 2016

4 mars par Camille Chalmers

Dans la nuit du 2 au 3 mars 2016 Berta Caceres, Coordonnatrice de l’organisation COPINH (Consejo Cívico de Organizaciones Populares e Indígenas de Honduras) fondée en mars 1993, a été sauvagement assassinée dans la zone de Esperanza, Intibucá.

Les organisations haïtiennes qui signent cette déclaration expriment leur indignation face à cet acte odieux qui participe d’une campagne de violence et d’intimidation contre les défenseurs des droits humains au Honduras et en Amérique Centrale. Au cours des dernières années plusieurs responsables de COPINH et d’autres organisations comme OFRANEH (Organización fraternal Negra Hondureña) ont subis des actes d’intimidation, d’enlèvement, de tortures et d’assassinats.

Avec la disparition de Berta Caceres le Peuple haïtien perd une amie fidèle qui, en maintes fois, dans le cadre de ses combats héroïques contre la militarisation de l’Amérique Centrale, a dénoncé la MINUSTAH et ses violations systématiques des droits fondamentaux du peuple haïtien.

Berta Caceres était un défenseur acharné des droits des peuples indigènes du Honduras, militante reconnue de la défense des droits des Peuples latino-américains grâce à son engagement déterminé dans des réseaux comme Jubilée Sud, Alliance Sociale Continentale, Via Campesina, Marche Mondiale des femmes, Amis de la terre, dans son leadership dans la lutte contre l’ALCA et dans les combats contre les bases militaires. En 2000 Berta Caceres a été l’une des fondatrices et des inspirateurs du réseau COMPA (Convergencia de los Movimientos de los Pueblos de nuestra América). Pendant une vingtaine d’années elle s’est mobilisée contre la voracité et les crimes des entreprises transnationales. Militante écologiste et féministe elle était à l’avant-garde des luttes continentales pour l’émergence des alternatives susceptibles de contribuer à l’émancipation des Peuples comme le témoignent le prestigieux « Prix mondial Goldman de l’environnement » qu’elle a reçu en avril 2015, sa participation et son leadership dans le cadre du dialogue entre les mouvements sociaux et le Pape François en novembre 2015.

Injustement emprisonnée en 2013 pour sa lutte contre le barrage hydroélectrique de Agua Zarca et constamment menacée pour son opposition aux exploitations minières à grande échelle Berta a toujours mis sa vie aux services des intérêts stratégiques du Peuple Lenca et des opprimés de notre continent. Cet assassinat est la conclusion tragique d’un long processus de persécutions qui a eu des effets sur sa santé et sa famille.

La nouvelle de sa mort tragique fait résonner avec plus de force les vers de Roque Dalton : “Y que mis venas no terminan en mí sino en la sangre unánime de los que luchan por la vida, el amor, las cosas, el paisaje y el pan, la poesía de todos”.

Les organisations et mouvements sociaux haïtiens élèvent leurs voix pour dénoncer cet assassinat crapuleux et s’engagent à perpétuer la mémoire de cette militante exemplaire.

Nous dénonçons la complicité des autorités gouvernementales et judiciaires du Honduras qui, depuis le coup d’état perpétré contre le Gouvernement légitime de Manuel Zelaya, maintiennent un climat de terreur contre les défenseurs des droits de la personne faisant du Honduras le pays qui affiche des records au niveau de l’insécurité et des assassinats politiques. Ainsi le Honduras a été classé comme le pays affichant en 2014 le record mondial du nombre de tués dans le rang des défenseurs de l’environnement. Nous exigeons que cesse ce climat de terreur et que le sang de Berta Caceres ouvre de nouveaux horizons dans la lutte contre la culture de l’impunité qui caractérise nos pays. Une enquête approfondie devra faire le jour sur les circonstances de ce meurtre et les commanditaires directs et indirects de même que les exécuteurs doivent être emprisonnés dans un bref délai et recevoir les châtiments qu’ils méritent.

Les organisations haïtiennes exigent que les droits des peuples indigènes du Honduras soient respectés en particulier des peuples Lenca et Garifuna qui luttent pour leurs droits à la terre face aux expulsions liées aux mégaprojets et aux entreprises de prédation des entreprises transnationales. Les droits environnementaux et ceux reconnus par la Convention 168 de l’OIT OIT
Organisation internationale du travail
Créée en 1919 par le traité de Versailles, l’Organisation internationale du travail (OIT, siège à Genève) est devenue, en 1946, la première institution spécialisée des Nations unies. L’OIT réunit les représentants des gouvernements, des employeurs et des travailleurs, dans le but de recommander des normes internationales minimales et de rédiger des conventions internationales touchant le domaine du travail. L’OIT comprend une conférence générale annuelle, un conseil d’administration composé de 56 membres (28 représentants des gouvernements, 14 des employeurs et 14 des travailleurs) et le Bureau international du travail (BIT) qui assure le secrétariat de la conférence et du conseil. Le pouvoir du BIT (Bureau International du Travail) est très limité : il consiste à publier un rapport annuel et regroupe surtout des économistes et des statisticiens. Leurs rapports défendent depuis quelques années l’idée que le chômage provient d’un manque de croissance (de 5% dans les années 60 a 2% aujourd’hui), lui-même suscité par une baisse de la demande. Son remède est celui d’un consensus mondial sur un modèle vertueux de croissance économique, ainsi que sur des réflexions stratégiques au niveau national (du type hollandais par exemple). L’OIT affirme qu’il est naïf d’expliquer le chômage par le manque de flexibilité et que les changements technologiques n’impliquent pas une adaptation automatiquement par le bas en matière de salaires et de protection sociale.
qui engagent l’État du Honduras doivent être respectés. Nous exigeons la libération des prisonniers, le démantèlement des groupes paramilitaires et l’arrêt des persécutions constantes contre les défenseurs des droits humains dans ce pays. La mort de notre amie Berta Caceres doit servir de point de rupture pour mettre fin à l’impunité et à la criminalisation des militants pacifistes, écologistes et féministes. Tous ceux qui ont perdu la vie dans ce combat au cours des dernières années doivent bénéficier d’un processus judiciaire équitable à travers la création d’une commission indépendante.

Nous exigeons que les parents de Berta Caceres, ses proches et les dirigeants du COPINH et de OFRANEH et des autres organismes de défense des droits territoriaux des peuples indigènes et afro-descendants soient protégés contre les vagues meurtrières des multinationales et des ennemis de la démocratie comme l’exigent les Conventions internationales signées par le Gouvernement du Honduras.

Nous exigeons que la vie et l’intégrité physique de Gustavo Castro Soto, unique témoin oculaire du vil assassinat perpétré contre la vie de Berta Caceres, soient garantis et qu’il puisse rejoindre sa famille au Mexique dans les plus brefs délais.

Les organisations et mouvements sociaux haïtiens s’inclinent pour saluer la dépouille mortelle de cette femme exemplaire qui a consacré toute sa vie au combat de la défense de la justice et des intérêts des peuples exploités et opprimés. Nous saluons le courage de sa mère, Doña Berta ; ses enfants, Salvador, Laura, Camilo y Bertica qui ont été obligés de s’exiler à Buenos Aires et à la Havane. Nous saluons les dirigeants de COPINH et de OFRANEH avec lesquels nous avons partagés tant de combats e et de moments de bonheur. Nous savons que maintiendrez vivante la mémoire de Berta Caceres et que vos combats pour la justice continueront à inspirer tous les Peuples opprimés de l’Amérique Latine et de la Caraïbe.

Nous nous engageons à continuer le combat de Berta en diffusant le sens de son engagement continu au cours des 20 dernières années et en nourrissant les luttes internationalistes qui rapprochent les Peuples opprimés. Nous sommes convaincus que les balles assassines et la mitraille ne seront pas capables de tuer les rêves de justice de Berta Caceres.

Berta Caceres tu es vivante et seras éternellement présente dans tous nos combats.

Vive la lutte des Peuples pour la défense de leurs droits.

A bas la culture de l’impunité,

Vive l’internationalisme et la lutte contre le système capitaliste

Fait à Port-au-Prince le 4 mars 2016

Camille Chalmers, Directeur Exécutif de la PAPDA