[Communiqué] Assemblées annuelles de la Banque mondiale et du FMI : Le vide abyssal

19 octobre par CADTM International


Image d’illustration (« 2014 IMF and World Bank Annual Meetings Development Committee » by World Bank Photo Collection is licensed with CC BY-NC-ND 2.0. To view a copy of this license, visit https://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/2.0/ )

Banque mondiale et FMI tenaient leurs traditionnelles Assemblées annuelles les 14 et 15 octobre 2021 à Washington (Etats-Unis). En dépit de la situation d’endettement critique des pays du Sud, aucun nouvel engagement n’a été pris par les institutions de Bretton Woods.

Dans un communiqué du 15 octobre [1], le Comité du développement, « forum du Groupe de la Banque mondiale Banque mondiale
BM
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) a été créée en juillet 1944 à Bretton Woods (États-Unis), à l’initiative de 45 pays réunis pour la première Conférence monétaire et financière des Nations unies. En 2011, 187 pays en étaient membres.

Créée en 1944 à Bretton Woods dans le cadre du nouveau système monétaire international, la Banque possède un capital apporté par les pays membres et surtout emprunte sur les marchés internationaux de capitaux. La Banque finance des projets sectoriels, publics ou privés, à destination des pays du Tiers Monde et de l’ex-bloc soviétique. Elle se compose des cinq filiales suivantes :
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD, 189 membres en 2017) octroie des prêts concernant de grands secteurs d’activité (agriculture et énergie), essentiellement aux pays à revenus intermédiaires.
L’Association internationale pour le développement (AID, ou IDA selon son appellation anglophone, 164 membres en 2003) s’est spécialisée dans l’octroi à très long terme (35 à 40 ans, dont 10 de grâce) de prêts à taux d’intérêt nuls ou très faibles à destination des pays les moins avancés (PMA).
La Société financière internationale (SFI) est la filiale de la Banque qui a en charge le financement d’entreprises ou d’institutions privées du Tiers Monde.
Enfin, le Centre international de règlements des différends relatifs aux investissements (CIRDI) gère les conflits d’intérêts tandis que l’Agence multilatérale de garantie des investissements (AMGI) cherche à favoriser l’investissement dans les PED. Avec l’accroissement de l’endettement, la Banque mondiale a, en accord avec le FMI, développé ses interventions dans une perspective macro-économique. Ainsi la Banque impose-t-elle de plus en plus la mise en place de politiques d’ajustement destinées à équilibrer la balance des paiements des pays lourdement endettés. La Banque ne se prive pas de « conseiller » les pays soumis à la thérapeutique du FMI sur la meilleure façon de réduire les déficits budgétaires, de mobiliser l’épargne interne, d’inciter les investisseurs étrangers à s’installer sur place, de libéraliser les changes et les prix. Enfin, la Banque participe financièrement à ces programmes en accordant aux pays qui suivent cette politique, des prêts d’ajustement structurel depuis 1982.

TYPES DE PRÊTS ACCORDÉS PAR LA BM :

1) Les prêts-projets : prêts classiques pour des centrales thermiques, le secteur pétrolier, les industries forestières, les projets agricoles, barrages, routes, distribution et assainissement de l’eau, etc.
2) Les prêts d’ajustement sectoriel qui s’adressent à un secteur entier d’une économie nationale : énergie, agriculture, industrie, etc.
3) Les prêts à des institutions qui servent à orienter les politiques de certaines institutions vers le commerce extérieur et à ouvrir la voie aux transnationales. Ils financent aussi la privatisation des services publics.
4) Les prêts d’ajustement structurel, censés atténuer la crise de la dette, qui favorisent invariablement une politique néo-libérale.
5) Les prêts pour lutter contre la pauvreté.
Site :
et du Fonds monétaire international FMI
Fonds monétaire international
Le FMI a été créé en 1944 à Bretton Woods (avec la Banque mondiale, son institution jumelle). Son but était de stabiliser le système financier international en réglementant la circulation des capitaux.

À ce jour, 188 pays en sont membres (les mêmes qu’à la Banque mondiale).

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établi au niveau ministériel pour faciliter la recherche de consensus intergouvernementaux sur les questions de développement » [2], a enterré tous les espoirs des pays du Sud en vue de nouvelles mesures du couple FMI/Banque mondiale pour répondre à leur situation d’endettement et libérer les ressources nécessaires à la satisfaction des droits humains, notamment dans le secteur de la santé.

Le Comité du développement a enterré tous les espoirs des pays du Sud en vue de nouvelles mesures du couple FMI/Banque mondiale pour répondre à leur situation d’endettement et libérer les ressources nécessaires à la satisfaction des droits humains, notamment dans le secteur de la santé

Malgré le fort ralentissement de l’économie mondiale et ses conséquences néfastes sur la vulnérabilité des pays du Sud [3], la nécessité selon la CNUCED Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement
CNUCED
Elle a été créée en 1964, sous la pression des pays en voie de développement pour faire contrepoids au GATT (prédécesseur de l’OMC).
Site web :
de procéder à des allègements ou des annulations de dettes [4], la hausse sans précédent et inquiétant de la dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque Africaine de Développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds Européen de Développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
des pays à faible revenu et plus largement de l’ensemble des pays du Sud [5], et les appels de plusieurs dizaines de pays du Sud à l’annulation de leur dette lors de la 76e assemblée générale de l’ONU fin septembre [6], ni le FMI, ni la Banque mondiale n’entreprendront de mesures supplémentaires au service des pays du Sud.

Dans le sillage du sommet du G20 G20 G20 : Le Groupe des vingt (G20) est un groupe composé de dix-neuf pays et de l’Union européenne dont les ministres, les chefs de banques centrales et les chefs d’État se réunissent régulièrement. Il a été créé en 1999, après la succession de crises financières dans les années 1990. Il vise à favoriser la concertation internationale, en intégrant le principe d’un dialogue élargi compte tenu du poids économique croissant pris par un certain nombre de pays. Sont membres : Allemagne, Afrique du Sud, Arabie saoudite, Argentine, Australie, Brésil, Canada, Chine, Corée du Sud, États-Unis, France, Inde, Indonésie, Italie, Japon, Mexique, Royaume-Uni, Russie, Turquie, l’Union européenne (représentée par le Président du conseil et celui de la Banque centrale européenne). du 13 octobre [7], les deux institutions de Bretton Woods ont annoncé la fin de la très insuffisante Initiative de suspension du service de la dette Service de la dette Somme des intérêts et de l’amortissement du capital emprunté. (ISSD) et ont réitéré leur soutien et leur confiance aveugle envers l’inopérant « Common Framework », cadre incapable d’engager ne serait-ce qu’un seul créancier privé dans des restructurations de dette depuis son lancement en novembre 2020. Ils se sont de nouveau félicités de l’allocation historique de 650 milliards de droits de tirage spéciaux (DTS) du FMI, alors même que les 135 pays en développement ne percevront que 40 % de cette somme, contre 60 % pour les 55 pays dit développés [8].

Loin de répondre à la crise actuelle, les mesures des puissances industrielles du Nord et des institutions internationales, se sont davantage inquiétées de la stabilité financière, de la viabilité budgétaire et des chaines d’approvisionnement que des conditions d’existence de la majorité de la population mondiale.

Dans ces conditions, le CADTM appelle une nouvelle fois au remplacement de ces institutions et à la formation d’un front uni des pays du Sud pour décréter une suspension immédiate du service de la dette en invoquant l’état de nécessité et le changement fondamental de circonstance. Il s’agit également, grâce à un audit à participation citoyenne, d’identifier les dettes illégitimes, illégales, odieuses et insoutenables pour procéder à leur répudiation pure et simple.




Notes

[1Voir « Assemblées annuelles de la Banque mondiale et du FMI 2021 : Communiqué du Comité du développement », 15 octobre 2021 : https://www.banquemondiale.org/fr/news/press-release/2021/10/15/world-bank-imf-annual-meetings-2021-development-committee-communiqu

[3CNUCED, Trade and development Report 2021, https://unctad.org/system/files/official-document/tdr2021_en.pdf

[4Communiqué de presse, « Rapport sur le commerce et le développement 2021 de la CNUCED : de la reprise à la résilience : faire face tous ensemble ou tomber séparément les uns après les autres ? », UNCTAD/PRESS/PR/2021/027, 15 septembre 2021 : https://unctad.org/fr/press-material/rapport-sur-le-commerce-et-le-developpement-2021-de-la-cnuced-de-la-reprise-la

[5Banque mondiale, « La dette des pays à faible revenu a atteint un niveau record de 860 milliards de dollars en 2020 », 11 octobre 2021 : https://www.banquemondiale.org/fr/news/press-release/2021/10/11/low-income-country-debt-rises-to-record-860-billion-in-2020

[6Daniel Munevar, “UN General Assembly 2021 - Debt highlights”, 11 octobre 2021, https://www.eurodad.org/un_general_assembly_2021_debt_highlights

[7CADTM International, « Crise de la dette : Un sommet du G20 pour rien, 15 octobre 2021 », https://www.cadtm.org/Communique-Crise-de-la-dette-Un-sommet-du-G20-pour-rien

[8CADTM, Eric Toussaint, Milan Rivié, Effet d’annonce du FMI à propos de 650 milliards de dollars de Droits de Tirage Spéciaux, 7 septembre 2021, https://cadtm.org/Effet-d-annonce-du-FMI-a-propos-de-650-milliards-de-dollars-de-Droits-de-Tirage

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