Presse internationale

Choc alimentaire, crise financière : les 2 différences Nord/Sud

20 avril 2008 par Amid Faljaoui


L’actualité vient encore de le démontrer, vivre au nord ou au sud de cette planète n’a décidément pas les mêmes conséquences. Le Nord est surtout frappé par la crise financière, tandis que le Sud est touché par la crise du pain et du riz. Chacun sa crise, pourraient dire certains. Oui, sauf que les conséquences ne sont pas les mêmes - et encore, je ne parle pas de l’aspect moral de cette crise des ventres creux qui touche une quarantaine de pays du Sud.

La première différence, c’est que, pour la crise financière, toutes les banques centrales du monde se sont accordées pour injecter des liquidités Liquidité
Liquidités
Capitaux dont une économie ou une entreprise peut disposer à un instant T. Un manque de liquidités peut conduire une entreprise à la liquidation et une économie à la récession.
dans le système financier et éviter ainsi une crise trop grave. Le gouvernement anglais, par exemple, n’a pas hésité à nationaliser une banque pour protéger l’épargne de ces citoyens.

Pour le Sud, c’est vrai, la Banque mondiale Banque mondiale
BM
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) a été créée en juillet 1944 à Bretton Woods (États-Unis), à l’initiative de 45 pays réunis pour la première Conférence monétaire et financière des Nations unies. En 2011, 187 pays en étaient membres.

Créée en 1944 à Bretton Woods dans le cadre du nouveau système monétaire international, la Banque possède un capital apporté par les pays membres et surtout emprunte sur les marchés internationaux de capitaux. La Banque finance des projets sectoriels, publics ou privés, à destination des pays du Tiers Monde et de l’ex-bloc soviétique. Elle se compose des cinq filiales suivantes :
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD, 189 membres en 2017) octroie des prêts concernant de grands secteurs d’activité (agriculture et énergie), essentiellement aux pays à revenus intermédiaires.
L’Association internationale pour le développement (AID, ou IDA selon son appellation anglophone, 164 membres en 2003) s’est spécialisée dans l’octroi à très long terme (35 à 40 ans, dont 10 de grâce) de prêts à taux d’intérêt nuls ou très faibles à destination des pays les moins avancés (PMA).
La Société financière internationale (SFI) est la filiale de la Banque qui a en charge le financement d’entreprises ou d’institutions privées du Tiers Monde.
Enfin, le Centre international de règlements des différends relatifs aux investissements (CIRDI) gère les conflits d’intérêts tandis que l’Agence multilatérale de garantie des investissements (AMGI) cherche à favoriser l’investissement dans les PED. Avec l’accroissement de l’endettement, la Banque mondiale a, en accord avec le FMI, développé ses interventions dans une perspective macro-économique. Ainsi la Banque impose-t-elle de plus en plus la mise en place de politiques d’ajustement destinées à équilibrer la balance des paiements des pays lourdement endettés. La Banque ne se prive pas de « conseiller » les pays soumis à la thérapeutique du FMI sur la meilleure façon de réduire les déficits budgétaires, de mobiliser l’épargne interne, d’inciter les investisseurs étrangers à s’installer sur place, de libéraliser les changes et les prix. Enfin, la Banque participe financièrement à ces programmes en accordant aux pays qui suivent cette politique, des prêts d’ajustement structurel depuis 1982.

TYPES DE PRÊTS ACCORDÉS PAR LA BM :

1) Les prêts-projets : prêts classiques pour des centrales thermiques, le secteur pétrolier, les industries forestières, les projets agricoles, barrages, routes, distribution et assainissement de l’eau, etc.
2) Les prêts d’ajustement sectoriel qui s’adressent à un secteur entier d’une économie nationale : énergie, agriculture, industrie, etc.
3) Les prêts à des institutions qui servent à orienter les politiques de certaines institutions vers le commerce extérieur et à ouvrir la voie aux transnationales. Ils financent aussi la privatisation des services publics.
4) Les prêts d’ajustement structurel, censés atténuer la crise de la dette, qui favorisent invariablement une politique néo-libérale.
5) Les prêts pour lutter contre la pauvreté.
Site :
a débloqué des fonds d’urgence. Oui, tout cela est vrai... sauf que c’est la même Banque mondiale qui est en partie à l’origine des émeutes de la faim de ces derniers jours. Comment ? Tout simplement parce que les dirigeants de cette banque disaient aux pays africains qu’ils s’alimenteraient nettement moins cher sur les marchés occidentaux qu’en produisant eux-mêmes. Et la Banque mondiale a joint le geste à la parole, puisqu’elle a refusé de financer des projets de développement agricole.

Le discours pouvait tenir la route hier encore, car les prix mondiaux des céréales étaient si bas que l’agriculture locale n’avait aucune chance d’être compétitive. Aujourd’hui, à cause de l’augmentation de la demande mondiale (notamment chinoise et indienne), cette agriculture locale redevient compétitive en terme de prix. A ceci près qu’entre-temps, cette petite agriculture a quasiment disparu et qu’il faudra du temps pour la remettre en route. C’est ainsi que l’on arrive à la deuxième différence entre le Nord et le Sud.

Au nord, la crise financière est déjà sous contrôle et devrait être purgée en fin d’année selon l’avis des experts. En Afrique, les investissements agricoles nécessaires mettront sans doute quatre ou cinq ans avant de voir leurs premiers effets. Autrement dit, à un moment où personne ne peut prédire quels seront les prix sur les marchés mondiaux. Et comme, en plus, ces investissements doivent se faire dans des pays instables et dont les politiques sont souvent corrompus, il est - hélas - évident que le salut ne viendra pas des investisseurs occidentaux.




Source : Trends.be