Centrale à charbon de Medupi : la pression s’intensifie contre la Banque mondiale

18 mars 2010


Alors que le vote de la Banque mondiale sur le très controversé projet Eskom a été repoussé à début avril, l’opposition des ONG, des syndicats, et mouvements religieux s’intensifie partout dans le monde.

De la Grande-Bretagne à l’Australie, en passant par l’Inde ou le Kenya, des groupes se joignent à la société civile sud-africaine pour dénoncer un projet désastreux pour l’environnement et le développement. Deux activistes sud-africaines sont cette semaine à Washington pour une série de réunions avec la Banque et le gouvernement américain. Ce dernier pourrait s’abstenir lors du vote sur le projet. En France, les Amis de la Terre demandent que le Gouvernement se montre cohérent avec ses objectifs climatiques et de développement en votant contre le projet au sein de la Banque mondiale Banque mondiale
BM
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) a été créée en juillet 1944 à Bretton Woods (États-Unis), à l’initiative de 45 pays réunis pour la première Conférence monétaire et financière des Nations unies. En 2011, 187 pays en étaient membres.

Créée en 1944 à Bretton Woods dans le cadre du nouveau système monétaire international, la Banque possède un capital apporté par les pays membres et surtout emprunte sur les marchés internationaux de capitaux. La Banque finance des projets sectoriels, publics ou privés, à destination des pays du Tiers Monde et de l’ex-bloc soviétique. Elle se compose des cinq filiales suivantes :
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD, 189 membres en 2017) octroie des prêts concernant de grands secteurs d’activité (agriculture et énergie), essentiellement aux pays à revenus intermédiaires.
L’Association internationale pour le développement (AID, ou IDA selon son appellation anglophone, 164 membres en 2003) s’est spécialisée dans l’octroi à très long terme (35 à 40 ans, dont 10 de grâce) de prêts à taux d’intérêt nuls ou très faibles à destination des pays les moins avancés (PMA).
La Société financière internationale (SFI) est la filiale de la Banque qui a en charge le financement d’entreprises ou d’institutions privées du Tiers Monde.
Enfin, le Centre international de règlements des différends relatifs aux investissements (CIRDI) gère les conflits d’intérêts tandis que l’Agence multilatérale de garantie des investissements (AMGI) cherche à favoriser l’investissement dans les PED. Avec l’accroissement de l’endettement, la Banque mondiale a, en accord avec le FMI, développé ses interventions dans une perspective macro-économique. Ainsi la Banque impose-t-elle de plus en plus la mise en place de politiques d’ajustement destinées à équilibrer la balance des paiements des pays lourdement endettés. La Banque ne se prive pas de « conseiller » les pays soumis à la thérapeutique du FMI sur la meilleure façon de réduire les déficits budgétaires, de mobiliser l’épargne interne, d’inciter les investisseurs étrangers à s’installer sur place, de libéraliser les changes et les prix. Enfin, la Banque participe financièrement à ces programmes en accordant aux pays qui suivent cette politique, des prêts d’ajustement structurel depuis 1982.

TYPES DE PRÊTS ACCORDÉS PAR LA BM :

1) Les prêts-projets : prêts classiques pour des centrales thermiques, le secteur pétrolier, les industries forestières, les projets agricoles, barrages, routes, distribution et assainissement de l’eau, etc.
2) Les prêts d’ajustement sectoriel qui s’adressent à un secteur entier d’une économie nationale : énergie, agriculture, industrie, etc.
3) Les prêts à des institutions qui servent à orienter les politiques de certaines institutions vers le commerce extérieur et à ouvrir la voie aux transnationales. Ils financent aussi la privatisation des services publics.
4) Les prêts d’ajustement structurel, censés atténuer la crise de la dette, qui favorisent invariablement une politique néo-libérale.
5) Les prêts pour lutter contre la pauvreté.
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Une catastrophe climatique et environnementale

Eskom attend un prêt de 3,75 milliards de dollars de la Banque mondiale, dont 3 milliards iraient à la construction de la méga centrale à charbon thermique de Medupi, qui émettrait 25 millions de tonnes de CO2 par an soit 5 % des émissions annuelles de toute la France. Un scandale pour les ONG qui rappellent qu’il y a quelques mois à peine, à Copenhague, la Banque mondiale prétendait être à la pointe en matière de lutte contre les changements climatiques. Son soutien au projet Medupi démontrerait qu’elle est incapable de promouvoir un développement respectueux du climat.

Caroline Ntaopane et Makoma Lekalakala, deux activistes sud-africaines en visite à Washington cette semaine, soulèvent également les impacts sanitaires lourds de la centrale, notamment les problèmes respiratoires développés par les populations vivant à proximité de telles installations. En outre, pour alimenter cette centrale démesurée, 40 nouvelles mines de charbon devront être exploitées, qui provoqueront de graves pollutions de l’eau, de l’air et des sols.

Un modèle économique dépassé et injuste

Le gouvernement sud-africain défend le projet, arguant qu’il serait indispensable au développement économique du pays. La société civile rappelle quant à elle que ce sont principalement de grosses entreprises étrangères, telles que BHP Billiton ou Anglo American Corporation, qui profiteront de l’électricité produite, pour des activités industrielles très polluantes et principalement destinées à l’exportation. Leurs profits sont rapatriés vers les sièges des entreprises, en Australie ou aux Etats-Unis.

Pire, en vertu d’accords signés à la fin de l’apartheid, ces entreprises bénéficient de tarifs artificiellement bas pour l’électricité. Le coût lié à la construction des nouvelles centrales devra donc être supporté par les citoyens sud-africains. Eskom a déjà annoncé une augmentation de ses tarifs de 25 % par an pour les particuliers de 2010 à 2013. Les populations les plus pauvres ne pourront payer la facture et se verront privées d’accès à l’électricité. Les syndicats ont déjà menacé de se mettre en grève suite à ces annonces.

En conclusion, le prêt de la Banque mondiale ne servirait à rien d’autre qu’à soutenir des entreprises occidentales très riches, et ne permettrait en aucun cas d’améliorer l’accès à l’électricité des plus pauvres.

La société civile veut un nouveau modèle de développement

Pour Ntaopone : « Il est très important de dire que nous avons besoin d’énergie, mais il est temps de s’intéresser à de nouveaux modèles ». L’Afrique du Sud a un potentiel énorme en matière d’énergies renouvelables. L’an dernier, la Ministre Buyelwa Sonjica parlait d’un potentiel de 64 000 GWh dans la région, uniquement pour l’éolien.

Les Amis de la Terre, le Réseau Action Action
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Climat, le CADTM, le CRID, Greenpeace, RITIMO, l’AITEC et ATTAC ont déjà interpellé les pouvoirs publics français pour qu’ils s’opposent au projet. Ils espèrent une prise de position rapide de la France.