Cameroun : les enjeux de l’endettement au centre d’une conférence-débat à Yaounde

17 décembre 2014 par Ericien Pascal Nguiamba


Eric Toussaint, face à la presse

L’une des trois communications de cette conférence-débat, organisée le 15 décembre 2014 à Yaoundé par la Plateforme d’Information et d’Action sur la Dette du Cameroun, a été faite par Eric Toussaint Président du Comité pour l’Annulation de la Dette du Tiers Monde (CADTM).

La conférence-débat organisée le 15 décembre 2014 par la Plateforme d’Information et d’Action Action
Actions
Valeur mobilière émise par une société par actions. Ce titre représente une fraction du capital social. Il donne au titulaire (l’actionnaire) le droit notamment de recevoir une part des bénéfices distribués (le dividende) et de participer aux assemblées générales.
sur la Dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque africaine de développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds européen de développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
du Cameroun, a été marquée par trois communications axées sur « les enjeux de l’endettement dans le monde » faite par Eric Toussaint, Docteur en Sciences Politiques et Président du Comité pour l’Annulation de la Dette du Tiers Monde (CADTM), « Les enjeux de l’endettement du Cameroun aujourd’hui » par Alain Bernard Mendouga en lieu et place de l’ingénieur financier Babissakana, empêché et les « Impacts du déficit de la balance courante sur l’endettement et le budget » faite par l’économiste et Statisticien Dieudonné Essomba.
Cette conférence-débat a permis aux participants de comprendre que le taux d’endettement du Cameroun a connu depuis l’atteinte par le pays du point d’achèvement de l’Initiative des Pays Pauvres Très Endettés PPTE
Pays pauvres très endettés
L’initiative PPTE, mise en place en 1996 et renforcée en septembre 1999, est destinée à alléger la dette des pays très pauvres et très endettés, avec le modeste objectif de la rendre juste soutenable.

Elle se déroule en plusieurs étapes particulièrement exigeantes et complexes.

Tout d’abord, le pays doit mener pendant trois ans des politiques économiques approuvées par le FMI et la Banque mondiale, sous forme de programmes d’ajustement structurel. Il continue alors à recevoir l’aide classique de tous les bailleurs de fonds concernés. Pendant ce temps, il doit adopter un document de stratégie de réduction de la pauvreté (DSRP), parfois juste sous une forme intérimaire. À la fin de ces trois années, arrive le point de décision : le FMI analyse le caractère soutenable ou non de l’endettement du pays candidat. Si la valeur nette du ratio stock de la dette extérieure / exportations est supérieure à 150 % après application des mécanismes traditionnels d’allégement de la dette, le pays peut être déclaré éligible. Cependant, les pays à niveau d’exportations élevé (ratio exportations/PIB supérieur à 30 %) sont pénalisés par le choix de ce critère, et on privilégie alors leurs recettes budgétaires plutôt que leurs exportations. Donc si leur endettement est manifestement très élevé malgré un bon recouvrement de l’impôt (recettes budgétaires supérieures à 15 % du PIB, afin d’éviter tout laxisme dans ce domaine), l’objectif retenu est un ratio valeur nette du stock de la dette / recettes budgétaires supérieur à 250 %. Si le pays est déclaré admissible, il bénéficie de premiers allégements de son service de la dette et doit poursuivre avec les politiques agréées par le FMI et la Banque mondiale. La durée de cette période varie entre un et trois ans, selon la vitesse de mise en œuvre des réformes clés convenues au point de décision. À l’issue, arrive le point d’achèvement. L’allégement de la dette devient alors acquis pour le pays.

Le coût de cette initiative est estimé par le FMI en 2019 à 76,2 milliards de dollars, soit environ 2,54 % de la dette extérieure publique du Tiers Monde actuelle. Les PPTE sont au nombre de 39 seulement, dont 33 en Afrique subsaharienne, auxquels il convient d’ajouter l’Afghanistan, la Bolivie, le Guyana, Haïti, le Honduras et le Nicaragua. Au 31 mars 2006, 29 pays avaient atteint le point de décision, et seulement 18 étaient parvenus au point d’achèvement. Au 30 juin 2020, 36 pays ont atteint le point d’achèvement. La Somalie a atteint le point de décision en 2020. L’Érythrée et le Soudan n’ont pas encore atteint le point de décision.

Alors qu’elle devait régler définitivement le problème de la dette de ces 39 pays, cette initiative a tourné au fiasco : leur dette extérieure publique est passée de 126 à 133 milliards de dollars, soit une augmentation de 5,5 % entre 1996 et 2003.

Devant ce constat, le sommet du G8 de 2005 a décidé un allégement supplémentaire, appelée IADM (Initiative d’allégement de la dette multilatérale), concernant une partie de la dette multilatérale des pays parvenus au point de décision, c’est-à-dire des pays ayant soumis leur économie aux volontés des créanciers. Les 43,3 milliards de dollars annulés via l’IADM pèsent bien peu au regard de la dette extérieure publique de 209,8 milliards de dollars ces 39 pays au 31 décembre 2018.
(PPTE), une croissance effrénée. Il est ainsi passé de 0% en 2010 date du retour au ré-endettement à 18% en 2013 et à 24% attendus à fin 2014. Soit une augmentation de 6% et une moyenne annuelle de 5 points de Produit Intérieur Brut PIB
Produit intérieur brut
Le PIB traduit la richesse totale produite sur un territoire donné, estimée par la somme des valeurs ajoutées.
Le Produit intérieur brut est un agrégat économique qui mesure la production totale sur un territoire donné, estimée par la somme des valeurs ajoutées. Cette mesure est notoirement incomplète ; elle ne tient pas compte, par exemple, de toutes les activités qui ne font pas l’objet d’un échange marchand. On appelle croissance économique la variation du PIB d’une période à l’autre.
(PIB) par an. Aussi même si le poids de la dette du Cameroun reste faible, il faut noter qu’il s’accroit à un rythme inquiétant fait observer Jean-Marc Bikoko,
A la fin de la conférence-débat, Eric Toussaint a confié à la presse que « c’est fondamental que les citoyens et citoyennes du Cameroun, prennent conscience que le remboursement de la dette publique constitue un des postes principaux du budget de l’Etat et que plus un Etat est amené à dépenser l’argent pour rembourser la dette, moins il peut dépenser pour garantir aux citoyens du pays la satisfaction des droits humains fondamentaux, notamment le droit à la santé, le droit à une éducation de qualité, le droit à l’emploi, à la protection sociale etc. ». Eric Toussaint ajoute qu’ « il faut se rendre compte comme citoyen et citoyenne qu’une grande partie des impôts , que chacun et chacune paye (non seulement l’impôt sur le revenu mais aussi l’impôt qui s’appelle la taxe sur la valeur ajoutée que n’importe qui paye quand il achète n’importe quel produit de base ou service de base) est dévié vers le remboursement de créanciers qui ne servent pas l’intérêt du pays, pour des dettes qui méritent d‘être auditées. C’est-à-dire qu’il faut passer la dette au crible de la critique afin de savoir si ces dettes que l’on rembourse sont légitimes ou illégitimes, légales ou illégales. Il faut déterminer si elles ont servi l’intérêt général ou pas ».
Cet expert venu de la Belgique annonce qu’avec la plateforme d’Information et d’Action sur la Dette du Cameroun, son organisation, le Comité pour l’Annulation de la Dette du Tiers Monde (CADTM), « essaye de renforcer toutes les initiatives qui amèneront la société civile, les citoyennes et citoyens du pays à prendre conscience et à agir sur la question de la dette pour qu’on ne continue pas à rembourser une dette si elle est illégitime ou illégale ».
Pour lui « L’Etat sous contrôle citoyen doit développer des politiques, qui permettent un véritable développement endogène c’est à dire basé, sur la mise en valeur du potentiel du pays. L’Etat doit arrêter de dépendre des recommandations qui viennent de l’extérieur, et de modèles économique qui ont fait la preuve qu’ils constituaient une faillite pour le pays. Il faut que l’Etat sous contrôle citoyen, utilise les ressources mises à disposition par la population à bon escient et arrête de contracter des dettes qui bénéficient à des acteurs parasitaires ».
Dieudonné Essomba a pour sa part saluer l’organisation de cette conférence débat par la société qui est aujourd’hui reconnue dans le monde entier. Pour cet Economiste et Statisticien « une politique sociale économique et culturelle ne peut plus se mener sans l’apport de la société civile, par ce que c’est de la société civile que vient la meilleure manière de poser les problématiques sociales. La société civile n’a pas d’intérêt politique, elle est objective, il faut la laisser s’exprimer par ce qu’elle elle est là pour aider les pouvoir publics à aborder dans des conditions plus idoines les problématiques qui s’adressent à la société. L’initiative comme celle-ci qui évoque un problème central, le problème de la dette avec tous ses embranchements, est une initiative très bienvenue, et qui à mon sens mérite d’être reconduite et surtout intensifiée » a-t-il déclaré à la presse. Bon à savoir, c’est la Centrale Syndicale du Secteur Public(CSP) que dirige Jean-Marc Bikoko qui assure la Coordination de la Plateforme d’Information et d’Action sur la Dette du Cameroun. Elle est composée de six Organisations membres.

Source : YAOUNDEINFOS.COM VOTRE JOURNAL EN LIGNE http://www.yaoundeinfos.com/2014/12/cameroun-les-enjeux-de-l-endettement-au-centre-d-une-conference-debat-a-yaounde.html publié le 16 décembre 2014