Semaine d’Action « Et si on arrêtait de Banquer ? »

Bruxelles 21-22 novembre 2012 : Les citoyen-ne-s contre la dette (suite)

22 novembre 2012 par CADTM


Le CADTM organisait à Bruxelles les 21 et 22 novembre une réunion de travail sur les initiatives d’audit citoyen de la dette. La deuxième et dernière journée semble avoir scellé une volonté unanime chez les participant-e-s de poursuivre et de renforcer leur collaboration. Tous-tes désirent continuer à travailler ensemble et enrichir leurs luttes locales à partir des expériences des un-e-s et des autres. La consolidation d’un réseau de collectifs d’audit citoyen pourrait en effet résoudre nombre des problèmes auxquels ils sont confrontés dans leurs actions.

L’ambition d’arriver à une conscientisation de nos concitoyen-ne-s sur l’importance de la problématique de la dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque Africaine de Développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds Européen de Développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
par le recours notamment à des audits citoyens est partagée par l’ensemble des participant-e-s. Mais si les mécanismes fondamentaux de domination par la dette sont similaires dans tous les pays, il est certain que les situations sociales diffèrent d’un pays à l’autre. Par exemple, la perception de la population sur la crise de la dette n’est pas la même partout. Et les collectifs d’audit sont tous à des stades de développement différents, certains peinent à se constituer quand d’autres ont déjà produit des rapports, des outils, des actions Action
Actions
Valeur mobilière émise par une société par actions. Ce titre représente une fraction du capital social. Il donne au titulaire (l’actionnaire) le droit notamment de recevoir une part des bénéfices distribués (le dividende) et de participer aux assemblées générales.
renforçant leur processus d’audit citoyen. Il apparaissait important de confronter ces expériences pour peut-être éviter aux un-e-s les écueils que d’autres auraient déjà contournés. La journée a donc commencé par une présentation des difficultés concrètes rencontrées par les collectifs, d’une part dans leur constitution et d’autre part dans leurs modes d’action.

Le premier problème rencontré par les collectifs tient à leur mise en place, c’est-à-dire à leur création puis à leur pérennité dans le temps. Les collectifs sentent clairement le fort potentiel mobilisateur de la lutte contre la dette. Ce combat peut unir et fédérer les diverses forces d’opposition. Tous-tes les citoyen-ne-s sont les victimes en puissance des politiques d’austérité. Mais la culture militante est lacunaire dans beaucoup de pays. Il est souvent difficile de mobiliser la population, et encore plus de rassembler des personnes motivées pour se lancer dans de la recherche de fond, d’autant qu’il s’agit de travailler sur des matériaux abrupts pour le moins difficiles à appréhender. Ce potentiel fédérateur sur la lutte contre la dette la rend aussi vulnérable aux récupérations politiques. Les participant-e-s saluent l’appropriation de la problématique par tous les pans de la société civile, syndicats, partis politiques et associations diverses, mais relèvent l’importance de ne pas occulter derrière des luttes anti-austérité une remise en cause structurelle des mécanismes d’endettement. Beaucoup de participant-e-s sont ensuite confronté-e-s, dans la « vie » de leur collectif à des difficultés de coordination entre les groupes locaux et nationaux. Ils rencontrent des problèmes logistiques dans la mise en place d’un réseau effectif et efficace. Tous-tes relèvent l’importance primordiale de trouver des solutions locales propres tout en n’étant pas isolés des autres initiatives, ni phagocytés par elles.

Dans un deuxième temps, les participant-e-s font face à des soucis de communication. Ils mettent en lumière deux problèmes majeurs, le premier tenant à l’opacité intrinsèque aux mécanismes qu’ils dénoncent. Le « jargon financier » complique forcément sa compréhension. Ils soulèvent donc la nécessité de mettre en place de outils de communication clairs, efficaces et accessibles. Par ailleurs, ils dénoncent unanimement le manque voire l’absence de relais médiatique de leurs efforts.

Suite à ces divers exposés, l’après-midi a été consacrée à la présentation des solutions qui ont été trouvées localement aux challenges rencontrés. De façon générale, l’assemblée semble convaincue que l’audit est justement une des solutions. L’audit, au delà de sa fonction plus « comptable », est clairement vu comme un outil de sensibilisation de la population. Il ne s’agit pas tant d’auditer effectivement la dette que d’amener les citoyen-ne-s à s’emparer des problématiques de la finance publique et partant de s’approprier ou se réapproprier la démocratie. Afin de toucher toujours plus de citoyen-ne-s, il est primordial de mettre en commun les instruments que les collectifs ont développés. Voilà qui sera vraiment le mot d’ordre de la rencontre : il faut consolider les échanges et créer un vrai réseau de collectifs d’audit. Car les résultats dans chacun des groupes sont bien là. Tous ont créé des sites web relayant l’état de leur recherche et leurs avancées. Au delà des ces plate-formes médiatiques, on relève trois types d’instruments qu’il serait définitivement utile de mettre en commun. D’abord, les outils pédagogiques destinés à faire comprendre aux citoyen-ne-s les enjeux de la dette et ses mécanismes. Ensuite, les collectifs travaillent activement à la réalisation de manuels d’audit de la dette qui présentent des méthodologies didactiques et concrètes pour auditer une dette. Enfin, certains collectifs sont d’ores et déjà allés au bout d’un processus d’audit et ont produit des rapports présentant les résultats obtenus. Toutes ces productions sont disponibles pour toutes celles et ceux qui souhaitent approfondir leur compréhension de la dette individuellement et pourquoi pas tenter de créer ou renforcer des groupes locaux.

Finalement, cette réunion de travail aura définitivement permis de rapprocher tous ces citoyen-ne-s engagés dans la lutte contre les dettes illégitimes. Les enseignements ont été riches et les participants en ressortiront avec une détermination renforcée de combattre les mécanismes d’oppression qui bafouent les droits fondamentaux des femmes et des hommes qui peuplent la planète.




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