À la mémoire de Raúl Quiroz

Concordia, Argentine 1931- Barcelone 2022

12 juillet par Eric Toussaint , Griselda Pinero


Raúl Quiroz en 2021, à 90 ans.

Cet hommage a été écrit à quatre mains. Griselda a commencé le portrait de Raúl et Eric a pris le relais.

Griselda...

On me demande d’écrire sur Raúl, qui vient de nous dire au revoir, et en guise d’adieu j’ai mis une rose rouge dans la poche de sa chemise... Vous savez que Barcelone s’appelait Rosa de foc, Rosa de fuego, Rosa roja qui nous rappelle aussi le sang versé dans tant de luttes... Et Raúl a commencé à participer à ces luttes très tôt.

Lorsqu’il arrive à l’Université nationale de La Plata (Argentine), il entre en contact avec le mouvement réformiste et la Federación Universitaria de La Plata (FULP). Mais il entre aussi en contact avec le monde ouvrier, notamment avec l’organisation anarchiste FORA (Federación Obrera Regional Argentina [1]), très présente et militante jusque dans les années 1930, mais qui a continué d’exister avec des syndicats très puissants comme celui des travailleurs des chantiers navals, jusqu’à ce que le premier gouvernement péroniste impose le syndicat unique des travailleurs, la CGT, à adhésion obligatoire. Quoi qu’il en soit, lorsqu’il a décidé de devenir économiquement indépendant de ses parents, il a commencé à travailler dans le chantier naval de Río Santiago et aussi dans l’entreprise Frigorífico Swift (industrie de la viande). Cela a réaffirmé son idéologie anarcho-communiste.

Raúl est entré à la faculté d’ingénierie de l’université de La Plata en 1950. Je pense qu’assez rapidement, il est passé à la faculté de chimie et pharmacie pour faire son doctorat en sciences chimiques. Et c’est là, dans l’ancienne faculté, qui dans les années 1970 a changé de nom pour devenir les Sciences exactes, qu’il a commencé son militantisme étudiant.

Peut-être devrions-nous présenter brièvement la réforme universitaire : un mouvement étudiant né à l’université nationale de Cordoba, l’une des plus anciennes villes et universités d’Amérique du Sud. L’université était fortement influencée par l’Église, c’était une université élitiste qui n’avait aucun contact avec le peuple. En 1918, le mouvement étudiant rédige un manifeste adressé aux hommes libres d’Amérique du Sud, intitulé « Manifiesto Liminar de la Reforma Universitaria de 1918 » (Manifeste de la réforme universitaire de 1918). Il commence ainsi : « Hommes d’une République libre, nous venons de briser la dernière chaîne qui, au XXe siècle, nous attachait à l’ancienne domination monarchique et monastique (...) La rébellion a éclaté à Cordoba et a été violente parce qu’ici les tyrans étaient devenus arrogants et qu’il fallait effacer à jamais le souvenir des contre-révolutionnaires de mai [2] ».

Et enfin : « La jeunesse ne demande plus. Elle exige que soit reconnu son droit d’exprimer sa propre pensée dans les organes universitaires par l’intermédiaire de ses représentants (...) La jeunesse universitaire de Cordoba (Argentine), à travers sa fédération, salue les camarades de toute l’Amérique et les encourage à collaborer à l’œuvre de liberté qu’elle initie ».

C’est l’idéologie de la réforme universitaire à laquelle Raúl a adhéré, devenant président de la Fédération universitaire de La Plata (FULP) pendant l’année universitaire 1955-1956.

Toutefois, la réforme universitaire de 1918 n’a pas permis d’instaurer la gratuité de l’enseignement universitaire ou l’admission libre. C’est le régime péroniste qui, en 1949, a décrété la gratuité de l’enseignement universitaire. Ce n’est qu’en 1953 que l’accès aux universités argentines est devenu libre, la seule condition étant d’avoir réussi l’enseignement secondaire.

Lors de la chute du gouvernement péroniste (coup d’État en septembre 1955), les universités d’État, qui avaient des recteurs ou des responsables péronistes, sont remises au pas par le gouvernement de facto. À cette époque, le mouvement étudiant était à son apogée, et les universités étaient occupées avant le manque d’autorités. Le mouvement se poursuit avec la nomination d’un ministre de l’éducation nationale à l’idéologie clairement fasciste et cléricale, le président, de facto, étant lui-même le général Lonardi, un ultra-catholique, le mouvement étudiant prône à nouveau l’occupation des universités. L’élément déclencheur a été un projet de décret autorisant les universités privées à délivrer des diplômes publics comme les universités nationales. À La Plata, le président de la Fédération universitaire (FULP) était Raúl Quiroz. La mobilisation a été couronnée de succès et le ministre Atilio Dell’Oro Maini a dû démissionner... C’était en 1956, et les leaders étudiants ont quitté les universités... Cependant, des années plus tard, en 1958, sous le gouvernement d’Arturo Frondizi, et après une grande lutte pour l’université d’État, laïque et gratuite, la création d’universités privées avec les mêmes pouvoirs que les universités d’État a été légiférée (j’étais en dernière année de baccalauréat et nous avons failli le rater à cause de la grève que nous avons faite contre la politique universitaire de Frondizi).

Les présidents de la FUA, Rajneri, et de la FULP, Raul Quiroz, [le premier, à partir de la gauche, assis et sans cravate] ont lu lors de la conférence de presse l’exhortation à quitter l’Université de La Plata en 1955.

L’année qui a suivi la défaite du mouvement pour l’éducation laïque, je suis entrée à la Faculté de chimie et de pharmacie pour commencer mon doctorat en sciences chimiques... les années ont passé, et presqu’à la fin de ma licence, j’ai rencontré Raúl... je pense qu’il me cherchait. J’étais assez triste, mon père était mort et j’avais eu une déception amoureuse... et Raúl était là. C’était à l’occasion d’un voyage auquel nous nous étions inscrits avec une collègue. Il était organisé par un groupe de technologie chimique (aucune de nous n’avait rien à voir avec cette orientation), pour visiter la province de Mendoza, les établissements vinicoles (je suppose que cela pouvait porter sur la technologie de la fermentation), avec une excursion dans la cordillère des Andes et... en réalité, je ne me souviens pas vraiment de l’objectif scientifique, éducatif et pédagogique du voyage. Raúl m’a approchée et j’ai accepté... des mois plus tard, nous nous sommes mariés. Il avait une bourse post-doctorale pour l’ENSIC (École Nationale Supérieure des Industries Chimiques) à Nancy, et à cette époque, en 1963, la chose logique à faire était de se marier. C’était il y a 59 ans...

Les années ont passé, nous avons eu deux fils et une fille...

En 1972, dans le nord-ouest de l’Argentine, on a inauguré l’Université provinciale de Jujuy, qui est devenue nationale. Raúl est allé construire l’université avec un groupe de La Plata, des diplômés en chimie, sciences naturelles et physique. Raúl a été le premier doyen de la faculté d’ingénierie. Nous avons ensuite subi les vicissitudes politiques du retour de Perón, de sa mort et de la terrible période de la présidence de sa veuve María Estela Martínez de Perón, pendant laquelle la Triple A, un groupe terroriste protégé par l’État, avait commencé ses activités. La situation se détériorait. Le 24 mars 1976, le coup d’État de Videla a lieu et marque le début de la plus cruelle des dictatures subies par le peuple argentin.

Il était temps de quitter le pays...

J’avais une bourse d’études à l’École de mines de Paris. Raúl a quitté l’Argentine avec nos enfants et est arrivé à Barcelone. Je les ai reçus là-bas, j’avais des gens que je connaissais à Barcelone, ils se sont occupés d’eux, et les enfants ont adoré. Mais nous avons dû aller à Paris, je devais terminer mon travail de boursière, alors la famille s’est installée là-bas. Ma bourse arrivait à son terme, allions-nous rester à Paris et demander l’asile politique ? Nos enfants ont dit non, ils voulaient retourner à Barcelone, où ils comprenaient les gens, où il faisait beau et où ils avaient beaucoup de plaisir à s’amuser. Franco était mort et les exilés commençaient à revenir. C’était clair pour nous et nous nous sommes installés à Barcelone en mai 1977.

Barcelone était un festival de mouvements sociaux, syndicaux et politiques... Nous avons fait partie de ce monde. Nos enfants ont fréquenté l’école de Soller, une des écoles ‘en lutte’ qui, tout en restant une école publique, visait à avoir une idéologie pédagogique marquée par les enseignants, les familles et les élèves du cycle supérieur (ce qui est aujourd’hui les 1re et 2e années de l’enseignement secondaire). Raúl s’est joint au projet en participant à la commission pédagogique, qui s’est inspirée de la pédagogie de Ferrer y Guardia, de Paulo Freire... Mais le ministère espagnol de l’éducation n’a pas soutenu. C’est ainsi que cette expérience intéressante a pris fin, mais il reste une grande amitié entre ceux d’entre nous qui y ont participé.

Près de Barcelone, dans la région du Vallès Occidental, sous le gouvernement de Franco, une zone agricole avait été expropriée pour construire une ville satellite de plus de 100 000 habitants. Cela a provoqué une forte réaction des mouvements environnementaux. La Commission de défense de Gallecs (du nom du village de Gallecs, un quartier de la ville de Mollet del Vallès, et de l’ermitage de Santa María de Gallecs) a été créée pour encourager l’occupation des fermes qui avaient été abandonnées par leurs propriétaires après avoir reçu une indemnisation. Et Raúl était là, accompagné de sa famille. Cela n’a pas duré longtemps mais c’était une expérience très importante pour nous tous. Raúl et son compagnon Salvador ont été accusés d’occupation illégale, le parquet demandait trois ans de prison. Lorsque l’heure du procès est arrivée, il y a eu une mobilisation de la population de Gallecs et d’autres mouvements. Très raisonnablement, le juge les a acquittés.

Entre-temps, nous avions obtenu la nationalité espagnole. Raúl a commencé à travailler dans des maisons d’édition comme correcteur d’épreuves, puis comme rédacteur, et moi, je me suis lancée dans l’enseignement. Ce sont des années calmes, avec quelques manifestations contre l’adhésion à l’OTAN OTAN
Organisation du traité de l’Atlantique Nord
Elle assure aux Européens la protection militaire des États-Unis en cas d’agression, mais elle offre surtout aux États-Unis la suprématie sur le bloc occidental. Les pays d’Europe occidentale ont accepté d’intégrer leurs forces armées à un système de défense placé sous commandement américain, reconnaissant de ce fait la prépondérance des États-Unis. Fondée en 1949 à Washington et passée au second plan depuis la fin de la guerre froide, l’OTAN comprenait 19 membres en 2002 : la Belgique, le Canada, le Danemark, les États-Unis, la France, la Grande-Bretagne, l’Islande, l’Italie, le Luxembourg, la Norvège, les Pays-Bas, le Portugal, auxquels se sont ajoutés la Grèce et la Turquie en 1952, la République fédérale d’Allemagne en 1955 (remplacée par l’Allemagne unifiée en 1990), l’Espagne en 1982, la Hongrie, la Pologne et la République tchèque en 1999.
et la présence de bases militaires américaines.

En 1998, ATTAC France a été créée. Une fuite d’un document sur l’AMI (Accord multilatéral sur l’investissement) avait été interceptée par Public Citizen à Washington. Le Monde diplomatique a publié le célèbre article d’Ignacio Ramonet qui a donné lieu à la création d’ATTAC. L’année suivante, ATTAC a été créée à Barcelone, un peu plus tard Raúl et moi avons rejoint la nouvelle association. Notre militantisme au sein d’ATTAC nous a permis de nous rapprocher d’autres mouvements, comme celui de la dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque africaine de développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds européen de développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
. Cela a commencé avant ATTAC. J’ai rejoint à l’époque le mouvement contre les dettes illégitimes, ce mouvement s’appelait « Qui doit à qui » (Quien debe a quien). Mais nous étions aussi dans le mouvement contre l’Europe du Capital et de la guerre, puis contre la guerre en Irak. Nous étions immergés dans le mouvement altermondialiste.

Raúl et Griselda lors d’une activité du CADTM en Belgique, en 2009.

Notre militantisme au sein d’ATTAC nous a également permis de faire la connaissance d’Éric Toussaint et du CADTM...

Éric, c’est à toi maintenant de poursuivre, avec tes mots, cet hommage à Raúl...

J’ai rencontré Raúl et Griselda au début des années 2000. J’avais été invité par ATTAC Catalunya à donner à Barcelone une conférence sur les dettes illégitimes. Une excellente relation s’est rapidement développée entre nous trois. Depuis que je les ai rencontrés, je suis allé à Barcelone au moins une fois par an et j’ai presque chaque fois séjourné dans leur appartement du centre ville. Raul et Griselda venaient aussi en Belgique presque chaque année pour une activité du CADTM (séminaires internationaux, rencontres d’été, université d’été).

J’ai tout de suite beaucoup apprécié Raúl et Griselda, couple inséparable, assemblage de deux personnes avec des caractères nettement différents et tout à fait complémentaires ou/et compatibles. Raúl était plutôt calme et un peu timide tandis Griselda est exubérante, loquace et plus tournée vers la socialisation. Mais il est clair que Raúl adorait aussi le contact, la discussion, le dialogue. C’était un vrai régal de se retrouver chez eux, chez moi, dans un restaurant de Barcelone ou d’ailleurs pour faire un tour du monde de la situation politique, de l’état du mouvement altermondialiste et du CADTM. 

Raúl et Griselda participaient activement aux grands rendez-vous du mouvement altermondialiste aux quatre coins de la planète : Argentine, Italie, Maroc, Tunisie, France, Andalousie, Madrid, Catalogne...

Nous avions des amis en commun à Barcelone et quelquefois on se retrouvait ensemble chez Raul et Griselda. On a également fait des fêtes ensemble dans mon jardin à Liège. Nous avons fait des visites de différentes villes comme Maastricht, Bruxelles, Bruges, Liège ou Aix la Chapelle.

Raúl était profondément humain tout comme Griselda l’est. Raúl pouvait apparaître taiseux mais quand il se mettait à dialoguer il s’y mettait à fond et la discussion pouvait durer longtemps sans qu’il y ait jamais d’altercations même si on ne pensait pas nécessairement la même chose. Raúl était anarchiste, je dirais ‘communiste libertaire’ même si je ne suis pas sûr qu’il se serait défini ainsi (note de Griselda : Raul s’identifiait à l’anarcho-communisme). J’ai d’autres références que lui mais on se retrouvait toujours sur l’essentiel : une approche critique de la réalité sans aucun esprit dogmatique, sectaire ou de chapelle. Avec un point commun fondamental : être toujours du côté de celles et ceux qui sont victimes des différentes formes d’oppression et toujours du côté de ceux et celles qui veulent un changement radical de la société. Sachant que personne ne libérera le peuple, l’émancipation sociale est une œuvre d’auto émancipation collective et individuelle.

Quand j’étais hébergé chez eux, quelquefois Raul préparait une tarte aux fruits qui faisait partie du menu du petit déjeuner. Griselda se chargeait du repas du soir. Avec Raúl on parlait de musique classique, de tango, de musiques du monde. Raúl me gravait des Cd de musique et me les offrait. C’était un plaisir d’aller visiter ensemble un musée ou d’aller au cinéma.

Raúl, comme l’a mentionné Griselda, avait une expérience de correcteur, Griselda traduisait volontiers du français vers l’espagnol. Quand Raúl et Griselda se sont rendu compte que j’avais besoin d’aide pour la traduction de mes livres ou de mes articles, ils ont proposé leur aide que j’ai acceptée avec enthousiasme. Raúl était très méticuleux et c’est essentiel si on veut éditer correctement un livre. Il a traduit et corrigé de multiples textes. Je serai éternellement reconnaissant pour l’aide extrêmement précieuse que Raúl et Griselda m’ont apportée et que Griselda continue de m’apporter sans relâche.

J’avais fait connaître à Raúl et Griselda plusieurs de mes amis et amies de France, de Belgique et de tout le réseau CADTM. Nous sommes devenus une bande d’amis·es.

Nous sommes nombreux·ses à regretter notre grand ami Raúl.

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Notes

[1La FORA du Ve Congrès a continué à fonctionner après le coup d’État de 1930, bien que de moins en moins présent. Le dernier conflit majeur mené par cette organisation est la grève des dockers de 1956, qui a duré six mois. Cependant, la FORA n’a jamais été dissoute et, aujourd’hui encore, elle continue de rassembler des militants individuels et certaines sociétés de résistance, comme les sociétés de résistance de divers métiers de Capital (ville de Buenos Aires), San Martín (province de Buenos Aires), Mendoza et Bahía Blanca (malgré le fait qu’en Argentine, il existe une législation du travail qui exclut les minorités et les divers syndicats).

[2Révolution de mai 1810 : réunion publique dans la ville de Buenos Aires, capitale à l’époque de la vice-royauté du Río de la Plata. Il s’agissait d’une première tentative d’émancipation de la couronne espagnole et il y avait des progressistes et des réactionnaires, qui en fait ne voulaient pas de l’indépendance de cette région...

Eric Toussaint

docteur en sciences politiques des universités de Liège et de Paris VIII, porte-parole du CADTM international et membre du Conseil scientifique d’ATTAC France.
Il est l’auteur des livres, Capitulation entre adultes : Grèce 2015, une alternative était possible, Syllepse, 2020, Le Système Dette. Histoire des dettes souveraines et de leur répudiation, Les liens qui libèrent, 2017 ; Bancocratie, ADEN, Bruxelles, 2014 ; Procès d’un homme exemplaire, Éditions Al Dante, Marseille, 2013 ; Un coup d’œil dans le rétroviseur. L’idéologie néolibérale des origines jusqu’à aujourd’hui, Le Cerisier, Mons, 2010. Il est coauteur avec Damien Millet des livres AAA, Audit, Annulation, Autre politique, Le Seuil, Paris, 2012 ; La dette ou la vie, Aden/CADTM, Bruxelles, 2011. Ce dernier livre a reçu le Prix du livre politique octroyé par la Foire du livre politique de Liège.
Il a coordonné les travaux de la Commission pour la Vérité sur la dette publique de la Grèce créée le 4 avril 2015 par la présidente du Parlement grec. Cette commission a fonctionné sous les auspices du parlement entre avril et octobre 2015.

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