FSM Dakar 2011

11e édition du Forum social mondial

7 février 2011 par Mimoun Rahmani


Du 6 au 11 février 2011 Dakar la capitale du Sénégal accueille la 11e édition du FSM (Forum social mondial), la plus grande rencontre des mouvements altermondialistes.

À rappeler que la première édition du FSM a eu lieu au Brésil en 2001, au même moment où s’organisait le Forum économique mondial de Davos, marquant ainsi la naissance du mouvement altermondialiste. Il est à signaler, par ailleurs, que dès le début des années 1990, les contestations, mobilisations et luttes contre le capitalisme dans toutes ses formes ont pris une dimension internationale, et donné naissance à un mouvement anti-mondialisation Mondialisation (voir aussi Globalisation)
(extrait de F. Chesnais, 1997a)
Jusqu’à une date récente, il paraissait possible d’aborder l’analyse de la mondialisation en considérant celle-ci comme une étape nouvelle du processus d’internationalisation du capital, dont le grand groupe industriel transnational a été à la fois l’expression et l’un des agents les plus actifs.
Aujourd’hui, il n’est manifestement plus possible de s’en tenir là. La « mondialisation de l’économie » (Adda, 1996) ou, plus précisément la « mondialisation du capital » (Chesnais, 1994), doit être comprise comme étant plus - ou même tout autre chose - qu’une phase supplémentaire dans le processus d’internationalisation du capital engagé depuis plus d’un siècle. C’est à un mode de fonctionnement spécifique - et à plusieurs égards important, nouveau - du capitalisme mondial que nous avons affaire, dont il faudrait chercher à comprendre les ressorts et l’orientation, de façon à en faire la caractérisation.

Les points d’inflexion par rapport aux évolutions des principales économies, internes ou externes à l’OCDE, exigent d’être abordés comme un tout, en partant de l’hypothèse que vraisemblablement, ils font « système ». Pour ma part, j’estime qu’ils traduisent le fait qu’il y a eu - en se référant à la théorie de l’impérialisme qui fut élaborée au sein de l’aile gauche de la Deuxième Internationale voici bientôt un siècle -, passage dans le cadre du stade impérialiste à une phase différant fortement de celle qui a prédominé entre la fin de Seconde Guerre mondiale et le début des années 80. Je désigne celui-ci pour l’instant (avec l’espoir qu’on m’aidera à en trouver un meilleur au travers de la discussion et au besoin de la polémique) du nom un peu compliqué de « régime d’accumulation mondial à dominante financière ».

La différenciation et la hiérarchisation de l’économie-monde contemporaine de dimension planétaire résultent tant des opérations du capital concentré que des rapports de domination et de dépendance politiques entre États, dont le rôle ne s’est nullement réduit, même si la configuration et les mécanismes de cette domination se sont modifiés. La genèse du régime d’accumulation mondialisé à dominante financière relève autant de la politique que de l’économie. Ce n’est que dans la vulgate néo-libérale que l’État est « extérieur » au « marché ». Le triomphe actuel du « marché » n’aurait pu se faire sans les interventions politiques répétées des instances politiques des États capitalistes les plus puissants (en premier lieu, les membres du G7). Cette liberté que le capital industriel et plus encore le capital financier se valorisant sous la forme argent, ont retrouvée pour se déployer mondialement comme ils n’avaient pu le faire depuis 1914, tient bien sûr aussi de la force qu’il a recouvrée grâce à la longue période d’accumulation ininterrompue des « trente glorieuses » (l’une sinon la plus longue de toute l’histoire du capitalisme). Mais le capital n’aurait pas pu parvenir à ses fins sans le succès de la « révolution conservatrice » de la fin de la décennie 1970.
à l’échelle planétaire. De la lutte des Chiapas au Mexique, à partir de 1994, jusqu’aux mobilisations à Seattle contre le sommet de l’OMC OMC
Organisation mondiale du commerce
Née le 1er janvier 1995, elle remplace le forum permanent de négociation qu’était l’Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce (GATT) où les États avaient seulement le statut de « parties contractuelles ». Un des objectifs de l’OMC est le démantèlement, lorsqu’ils existent encore, des monopoles nationaux constitués en vertu d’une décision publique. C’est déjà le cas pour les télécommunications dont la décision a été prise dans le cadre de l’OMC en février 97. Mais il en reste d’autres comme les chemins de fer qui attirent la convoitise des grands groupes financiers.

Un autre objectif est la libéralisation totale des investissements. L’instrument utilisé a été le projet d’Accord multilatéral sur l’investissement (AMI). L’AMI dont l’élaboration avait été décidée lors de la réunion ministérielle de l’OCDE de mai 1995, vise l’ensemble des investissements : directs (industrie, services, ressources naturelles) et de portefeuille. Il prévoit des dispositifs de protection, notamment pour le rapatriement total des bénéfices. L’AMI a été comme tel abandonné en 1997 mais est réapparu sous la forme d’une multitude d’Accords bilatéraux sur l’investissement, ce sont les nouveaux « habits » de l’AMI.

L’OMC fonctionne selon le mode « un pays - une voix » mais les délégués des pays du Sud ne font pas le poids face aux tonnes de documents à étudier, à l’armée de fonctionnaires, avocats, etc. des pays du Nord. Les décisions se prennent entre puissants dans les « green rooms ». Toutefois, dans la lancée de l’épisode de Seattle en novembre 1999, la conférence de Cancun (Mexique) en septembre 2003 a été marquée par la résistance d’un groupe de 22 pays émergents du Sud, qui se sont alliés en la circonstance pour mener la conférence à l’échec, face à l’intransigeance des pays du Nord.
Site :
en 1999, en passant par plusieurs rencontres et mobilisations contre le G8 G8 Ce groupe correspond au G7 plus la Fédération de Russie qui, présente officieusement depuis 1995, y siège à part entière depuis juin 2002. , le FMI FMI
Fonds monétaire international
Le FMI a été créé en 1944 à Bretton Woods (avec la Banque mondiale, son institution jumelle). Son but était de stabiliser le système financier international en réglementant la circulation des capitaux.

À ce jour, 188 pays en sont membres (les mêmes qu’à la Banque mondiale).

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et la Banque mondiale Banque mondiale
BM
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) a été créée en juillet 1944 à Bretton Woods (États-Unis), à l’initiative de 45 pays réunis pour la première Conférence monétaire et financière des Nations unies. En 2011, 187 pays en étaient membres.

Créée en 1944 à Bretton Woods dans le cadre du nouveau système monétaire international, la Banque possède un capital apporté par les pays membres et surtout emprunte sur les marchés internationaux de capitaux. La Banque finance des projets sectoriels, publics ou privés, à destination des pays du Tiers Monde et de l’ex-bloc soviétique. Elle se compose des cinq filiales suivantes :
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD, 189 membres en 2017) octroie des prêts concernant de grands secteurs d’activité (agriculture et énergie), essentiellement aux pays à revenus intermédiaires.
L’Association internationale pour le développement (AID, ou IDA selon son appellation anglophone, 164 membres en 2003) s’est spécialisée dans l’octroi à très long terme (35 à 40 ans, dont 10 de grâce) de prêts à taux d’intérêt nuls ou très faibles à destination des pays les moins avancés (PMA).
La Société financière internationale (SFI) est la filiale de la Banque qui a en charge le financement d’entreprises ou d’institutions privées du Tiers Monde.
Enfin, le Centre international de règlements des différends relatifs aux investissements (CIRDI) gère les conflits d’intérêts tandis que l’Agence multilatérale de garantie des investissements (AMGI) cherche à favoriser l’investissement dans les PED. Avec l’accroissement de l’endettement, la Banque mondiale a, en accord avec le FMI, développé ses interventions dans une perspective macro-économique. Ainsi la Banque impose-t-elle de plus en plus la mise en place de politiques d’ajustement destinées à équilibrer la balance des paiements des pays lourdement endettés. La Banque ne se prive pas de « conseiller » les pays soumis à la thérapeutique du FMI sur la meilleure façon de réduire les déficits budgétaires, de mobiliser l’épargne interne, d’inciter les investisseurs étrangers à s’installer sur place, de libéraliser les changes et les prix. Enfin, la Banque participe financièrement à ces programmes en accordant aux pays qui suivent cette politique, des prêts d’ajustement structurel depuis 1982.

TYPES DE PRÊTS ACCORDÉS PAR LA BM :

1) Les prêts-projets : prêts classiques pour des centrales thermiques, le secteur pétrolier, les industries forestières, les projets agricoles, barrages, routes, distribution et assainissement de l’eau, etc.
2) Les prêts d’ajustement sectoriel qui s’adressent à un secteur entier d’une économie nationale : énergie, agriculture, industrie, etc.
3) Les prêts à des institutions qui servent à orienter les politiques de certaines institutions vers le commerce extérieur et à ouvrir la voie aux transnationales. Ils financent aussi la privatisation des services publics.
4) Les prêts d’ajustement structurel, censés atténuer la crise de la dette, qui favorisent invariablement une politique néo-libérale.
5) Les prêts pour lutter contre la pauvreté.
Site :
, contre le sommet de Davos, etc. Des centaines de milliers de militants, représentant diverses organisations des différents coins du monde ont pris l’habitude de se rencontrer pour manifester leur colère contre les guerres, contre la domination par le capital… Ayant tous la pleine conviction qu’il faut désormais se « mondialiser » pour pouvoir résister à la mondialisation néolibérale.
La naissance du Forum social mondial à Porto Alegre en 2001 va marquer alors le passage de l’anti-mondialisation à l’altermondialisation. Dès lors le mouvement altermondialiste ne cesse de grandir et les Forums sociaux d’essaimer.

Cependant, le FSM de Dakar semble mal parti. D’après les informations qu’on a, le processus de préparation est très en retard, les commissions mises en place il y a 2 ans n’ont pas fait leur travail pour des raisons liées essentiellement à leurs incompétences et leur manque d’expérience. Mais surtout du fait que le nouveau recteur de l’université Cheikh Anta Diop (UCAD) voulait remettre en cause la décision prise il y a plusieurs mois de mettre à la disposition du comité d’organisation les locaux de l’université. Ce problème a été réglé mais les négociations ont pris du temps au détriment de la préparation logistique. Du coup, à une journée d’ouverture du FSM, le programme n’est pas encore prêt et la répartition par salles des activités autogérées n’est pas encore faite ! Il est très probable alors qu’à la première journée (7 février) les participants seront un peu perdus. Si le problème n’est pas réglé au plus vite ce sera la panique totale.

L’autre problème de ce 11e FSM sera certainement la coupure fréquente d’électricité à Dakar, problème qui persiste depuis plusieurs mois sans que les autorités ne prennent des décisions concrètes. C’est la société Senelec, jusqu’ici publique, qui se charge de la gestion de l’énergie au Sénégal et qui relève directement du ministère de l’énergie dont le chef (ministre) n’est autre que Karim Wade le fils du président, accusé de détournement de fonds et de mauvaise gestion, dont l’objectif consiste à la destruction du secteur de l’énergie et préparer ainsi sa privatisation, et la première société intéressée n’est autre que l’EDF « Electricité de France ». D’ailleurs, le mouvement Hip Hop (l’un des mouvements les plus engagés et les plus contestataires dans les banlieues de Dakar) réclame un audit au niveau du ministère et en particulier de la SENELEC. Quant aux jeunes des quartiers de Dakar, ils ont trouvé une solution de brûler des pneus chaque fois qu’il y a obscurité !

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L’ouverture du Forum a été lancée cet après midi (6 février) par une grande manifestation dans les rues de Dakar. La journée du 7 février est dédiée à l’Afrique, des activités autogérées sont prévues les 8 et 9, des assemblées thématiques de convergence les 10 et 11 matin, l’Assemblée des mouvements sociaux l’après midi du 10, pour finir le 11 avec la nouvelle « invention » dite « assemblée des assemblées » qu’on ne sait pas encore comment organiser mais qui réunit toutes les assemblés thématiques pour lecture de déclarations respectives.
Des chefs et ex-chefs d’États, dits progressistes, sont attendus à cette 11e édition, on cite en particulier Evo Morales l’actuel président de la Bolivie qui a pris la parole à la séance d’ouverture. Il y aura probablement aussi la bête noire des États Unis, le président vénézuélien Hugo Chavez ainsi que le très contesté par les mouvements sociaux l’ex-président brésilien Lula Da Silva.

Par ailleurs, ce qui a marqué ce FSM c’est l’organisation de plusieurs caravanes venant en particulier d’Afrique de l’Ouest. Accueillie hier en fin d’après midi, la caravane des mouvements sociaux, initiée par le CADTM Afrique, ATTAC Afrique et No Vox, partie de Cotonou (Bénin) a rassemblé pas moins de 500 personnes. Elle a malheureusement connu des problèmes et des tensions entre les délégué(e)s à cause de la fatigue et des difficultés d’organisation. Cette caravane n’a pourtant pas été financée par le FSM !! Le comité d’organisation a plutôt préféré filer de l’argent à d’autres « personnalités » venues en « caravanes » que de soutenir les mouvements de luttes.

Une grande délégation marocaine « officielle » est venue participer au FSM, on parle d’un peu plus de 1000 participants dont les deux tiers n’ont rien à voir avec les mouvements sociaux et les organisations de la société civile. Il s’agit de représentants du ministère de l’intérieur qui sont venus pour contrer la faible délégation du front Polisario ! Deux grandes tentes ont été montées dans l’enceinte de l’université, des autocars sont mis à la disposition de cette fameuse délégation officielle venue en grande partie de la ville de Laâyoune.

Mimoun Rahmani
Délégué d’ATTAC/CADTM, depuis Dakar
Le 6 février 2011ÀÀ




Mimoun Rahmani

Secrétaire général adjoint d’ATTAC Maroc, est membre d’ATTAC/CADTM Maroc et représentant du Réseau CADTM international au CI du FSM.

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